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04/05/2010

THEATRE DE LA CRUAUTE

 

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Plus que tout autre saison, le printemps conduit son cortège de drames. C'est quand la vie se renouvelle en effet, que la mort approvisionne sans compter son tableau de chasse. Je me dis ça tous les ans et tous les ans je le vérifie : les merles volent trop bas ; les hérissons traversent en hésitant, et trop lentement, les chemins qui tuent ; les chats, dans l'ivresse des amours, font des kilomètres pour aller chercher leur mort ou se font tuer devant la porte...

Même les lapins et les chevreuils, rescapés des dernières cartouches, y laissent leur peau.

 

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Source: Hullnudd, site Les Abbesses de Gagny-Chelles

 

Et que dire des hulottes, renards, ragondins, et autres écureuils ? A ce palmarès peu glorieux de l'automobiliste, il faut ajouter la tuerie de ses semblables ; la chose est connue et sur ce point nous n'épiloguerons pas. Laissons les vivants pleurer leurs morts, il s'en trouve sans nul doute beaucoup d'innocents dans le lot ; quant aux autres, c'est après tout justice que la pareille leur soit rendue s'ils ont, au demeurant, volontairement écrasé un animal dépourvu de toute défense dans cette lutte inégale. Car il se trouve des vicieux pour alimenter l'hécatombe et leur palmarès, c'est certain, des vicieux qui « font des cartons » comme ils disent, contribuant sans états d'âme au génocide du hérisson, car c'est bien d'un génocide qu'il s'agit !

 

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Source: Jardin Amateur

Songeons que ce petit animal inoffensif à la carapace d'oursin, qui n'a pour toute défense que le moyen de se rouler en boule, est en train de disparaître. Et pourtant, il faut aller chercher son origine au-delà de 50 millions d'années dans la famille la plus ancienne des mammifères, celle des insectivores. Il en a traversé des calamités ! et de terribles ! Il n'est pas sûr qu'il survive à l'automobile... Et à l'automobile, il faut ajouter les poisons qui contaminent sa chaîne alimentaire, quotidiennement déversés sur cette terre épuisée qui fut pourtant fertile... Autant dire que ses jours sont comptés ! Ainsi, ceux qui ont échappé à la route achèvent leur courte vie dans les hautes herbes, sous quelque souche, ou autre abri de fortune, piégés par les pesticides et dans des douleurs qu'on imagine, quand ce n'est pas dans la marmite des amateurs...

Sur les routes, on voit de gros solitaires ou des familles entières décimées. Ce carnage, dont les charognards font ripaille se passe de nuit  comme de jour, car beaucoup de hérissons, attaqués sans relâche par la vermine qui prolifère, perdent tous repères et, désarmés autant qu'affaiblis par ces parasites voraces, deviennent d'autant plus vulnérables et se montrent le jour, sans la protection des ténèbres. Affaiblis, et perturbés dans leurs cheminements, ils progressent désorientés ou stationnent sur les routes. Qui dira jamais l'agonie des mourants cruellement fauchés par les roues, qui traînent lamentablement leurs tripes sanglantes sous la lune ou le grand soleil comme les agonisants de la Grande Guerre le faisaient dans les barbelés ? Du haut de leurs perchis, les nettoyeurs du bitume savourent d'avance leur festin...

Une peau parcheminée par le vent, le soleil et la pluie, et sur laquelle se dressent encore quelques piquants, c'est tout ce qu'il reste bientôt de leur habit.

Habit qui pourtant est une armure, apte à défendre le hérisson contre ses prédateurs, mais hélas, à l'inverse des pieux des Anglais à Azincourt, elle ne peut rien contre des chevaux-vapeur aux mains de chauffards irresponsables.

Un hérisson sur la route s'évite facilement, et pour peu qu'on soit attentif et respectueux de la vie animale on ralenti, on s'arrête ou on fait un écart. Et à moins que d'être un très mauvais conducteur, on épargne la vie de ce petit animal  beaucoup plus facilement que celle d'un chevreuil bondissant d'un fourré, qui peut vous surprendre dans un éclair sans que vous n'y puissiez rien... Gageons que si le premier, faisait à la sacro-sainte bagnole autant de dégâts que le second, il est probable qu'il y aurait moins de ces petites victimes sur les routes !

 

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Mon chat Ferdinand, tué par un chauffard en 2009

Moi qui me tape annuellement un certain nombre de kilomètres, ne compte plus le nombre de chats tués rencontrés que j'ai ramassés et déposés sur le bas-côté ou dans le fossé lorsque j'ai pu m'arrêter, histoire de ne pas donner l'occasion à des tordus de les transformer en carpettes. La pire des saisons pour ces grands fauves en miniature dont nous sommes un certain nombre à partager le goût, n'est point tant le printemps que l'été, saison propice aux grandes transhumances des meutes décérébrées qui n'épargnent rien sur leur passage. Et quand on n'abandonne pas  minet, ou l'encombrant toutou en rase campagne à défaut du refuge, on le largue en cours de route directement par la portière ; cela s'est vu, cela se voit malheureusement à chaque ressac de la marée humaine.

 

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Dans les laboratoires on continue d'expérimenter à vif en dépit du respect dû à la vie ; dans les abattoirs on tue plus que de besoin à seules fins d'enrichir les uns et d'intoxiquer les autres ; du côté du levant, on se livre à d'ignobles vivisections sous le prétexte qu'elles font partie des traditions culinaires ; partout dans le monde, et à chaque seconde, on tue et on torture dans l'hystérie collective des arènes sanglantes...

Moloch a de beaux jours devant lui !

 

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Fritz lang, Métropolis, 1927

Nous n'en finirions pas d'égrener le chapelet sans fin des animaux martyrs. Celui des hommes, nous le connaissons mieux et y attachons plus d'importance, forcément... Mais pourquoi, au fait ? A cause de la « conscience de soi » ? De la créature faite « à l'image de Dieu » ? Du respect dû à la « personne humaine » ? Comme si les animaux, ne relevaient en fin de compte que du Diable, et qu'on doive leur en manquer !

 

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Eau-forte, Félix Bracquemond, 1852

Sur le chapitre, les religions, dans leur grande majorité, n'ont pas compté beaucoup de Saints François ! force est de le constater. Combien de chouettes a-t-on clouées aux portes des étables ? Combien d'ânes a-t-on lapidés ? Combien de chats a-t-on jetés vivants dans des brasiers ou écorchés pour honorer des sacrifices ?

A chaque seconde tombe une vie, dans des conditions épouvantables, pendant qu'une autre surgit quelque part dans le monde, qui ne sait pas, l'innocente, ce qui l'attend !

Qu'un seul nid d'oiseau, un seul, rempli de sa couvée toute neuve soit soudainement détruit par l'orage, suffit à prouver que le spectacle du monde n'est rien d'autre qu'un théâtre de la cruauté, et quel ! Il n'y a que les sots pour ne pas le voir, et les naïfs pour espérer qu'il puisse un jour, « in fine », changer...

L'enfer est ici, dans la beauté secrète du Diable; il ne faut pas le chercher ailleurs.

 

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Et tant que ce monde  durera, on n'en finira pas de s'interroger sur le Diable et le Bon Dieu, de chercher à percer l'énigme du Janus bifront, de prendre Saint Ouen pour Cythère et les vessies pour les lanternes ! Et on le fera, jusqu'à ce qu'on comprenne le sourire de la Joconde ou celui de l'Ange de Reims, qui n'en est pas si éloigné...

Il nous reste encore quelques souffrances à expier !

 

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11/02/2010

SALE NEIGE

 

 

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Oui, sale neige pour les JO de Vancouver ! ou plutôt sales JO pour la neige de Vancouver qu'on se voit contraint d'acheminer à grand renfort de bennes tractées, du haut des sommets jusqu'à destination de Cypress Moutain, pour le bonheur des compétiteurs et de leurs groupies... Compétiteurs et affairistes de tout crin, car le scandale de ces JO, comme d'ailleurs celui de ce qu'est devenu le « sport » en général, élevé au rang de religion par les médias aux ordres de la putainerie internationale des grands trafiquants de devises, n'est qu'une contribution supplémentaire au saccage institutionnalisé de la planète. Qui paiera l'outrancière facture de cette mascarade ? Le contribuable, comme d'habitude, demeuré taillable et corvéable à merci, et toujours aussi con... Force m'est de le dire, car enfin, il n'a rien compris celui qui ne voit pas ce que cache l'étalage de ces dispendieuses réjouissances, formidable business au terme duquel les vrais vainqueurs déjà assurés que sont les promoteurs, les grandes marques, les publicitaires et les commanditaires, s'en mettront plein les fouilles...

Ramener les jeux d'aujourd'hui à ce qu'ils étaient à l'origine serait une bonne façon d'assainir la discipline en lui rendant ses lettres de noblesse ! Et d'ailleurs, il n'y avait pas de jeux d'hiver, où la « glisse », devenue à présent prétexte du marketing des grandes marques, étale ses performances sur un plateau doré.

Où sont-ils passés les jeux de l'Antiquité, quand de vrais athlètes se disputaient la gloire qu'accorde l'effort, sans autre outils que leurs propres muscles et leur volonté ? Peut-être certains d'entre eux usaient-ils de subtils élixirs  tirés de la sève de quelques plantes « magiques », me direz-vous ? Le saura-t-on jamais ? Mais au regard des drogues actuelles qui pourrissent les stades, distillées par les laboratoires officiels ou clandestins, ce devaient être bagatelles...

La drogue n'est pas la seule à pourrir le stade, à déshonorer l'athlète, et à ramener l'exploit du corps et de la volonté aux performances d'un  tricheur de poker ; le fric, qui n'est que la drogue du corps social, avec elle, se taille la part du lion ! On voudrait bien savoir combien coûteront ces « jeux », en définitive ? Ils pourraient, selon certains indicateurs atteindrent, voire dépasser, la barre des 6 milliards, et la réalisation de leurs équipements, entraîner la destruction irréversible de milieux naturels et d'espèces rares, jusqu'alors préservés. Tout cela dans l'indifférence des organisateurs, aux portes d'une ville dont on sait qu'elle couve en son sein l'abcès d'une misère sociale et d'un proxénétisme dont la réputation n'est plus à faire...

Quant au choix du site, celui d'une station à 125 kilomètres de la mer, dans une région où il pleut d'avantage qu'il ne neige, il ne pouvait être assurément plus mal choisi. Les petits curieux chercheront, comme en toute chose plus ou moins suspecte, à savoir à qui profite le crime... Quoi qu'il en soit, si mère nature continue à bouder et ne veut pas collaborer, il faudra ajouter aux six milliards, la facture des norias assurant le transport de la neige, sachant qu'on ne paiera jamais, car elle n'a pas de prix, celle des 3,7 millions de tonnes des émissions de  CO2 générées par les transports et les activités pendant les 27 jours de célébration.

A l'heure où la planète crève,  où bêtes et gens, abandonnés à leur triste sort sous des latitudes défavorisées en subissent les conséquences, on reste rêveur devant tant d'irresponsabilités... rêveur et révolté par ce gaspillage, bien ciblé par Antoine Descendre, dont nous partageons l'opinion :

« L'omniprésence de commanditaires olympiques, tous plus immoraux les uns que les autres, symptomatise la commercialisation de chacune des sphères de nos vies. Alors que les opportunistes du monde entier (politiciens, promoteurs, entrepreneurs, firmes de communication, médias, financiers, multinationales, proxénètes, etc) se remplissent les poches avec les olympiques et que les médias nous abreuvent d'analyses sportives et d'entrevues toutes plus insignifiantes les unes que les autres, comment peut-on ne pas s'interroger à savoir combien de pistes de bobsleigh devront encore être construites de par le monde avant que nous prenions conscience des véritables besoins de cette planète ? »

 

 

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Brueghel d'Enfer, Parabole des Aveugles, 1630

 

 

02/02/2010

MISE EN BOITES

 

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Les boîtes anciennes en tôle lithographiée, les plaques émaillées et les cartons publicitaires sont les témoins du temps où on « faisait ses courses » à « l'épicerie »...

L'épicerie, c'était alors le centre du monde. On s'y rendait au quotidien pour la simple raison qu'elle était proche du domicile ; on n'allait pas y « faire le plein » comme on le fait à présent dans les grandes surfaces. On n'achetait que le nécessaire. Et d'ailleurs, à quoi bon stocker les provisions, puisque pousser la porte de la boutique était l'occasion d'apprendre les nouvelles... Avec la disparition des commerces de proximité qui animaient la vie des quartiers et celle des bourgs, c'est tout simplement la convivialité qui s'en est allée et avec elle, un certain « art de vivre ».

 

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Si les plaques émaillées aux couleurs vives, que les archéologues du XXème siècle appellent « joyaux des rues » sont précieuses, c'est qu'elles nous rappellent, au même titre que les boîtes en tôle lithographiée, qu'il fut un temps où l'on prenait celui de vivre. La publicité invasive, de mauvais alois et de mauvais goût, ne s'était pas encore taillée la part du lion. Tout au plus, le « Bouillon KUB », par la seule force de son graphisme, avait-il pris un peu d'avance sur ses confrères. On le trouvait partout, sur les murs des maisons, et jusque sur ceux des hangars des campagnes les plus reculées. On en a la preuve quand on s'emploie à détailler les anciennes cartes postales. On y voit parfois des plaques apposées sur les pilastres des devantures ou des séries de boîtes alignées sur les étagères, derrières les vitrines...

 

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Beaucoup de ces témoins, qui se font aujourd'hui de plus en plus rares, ont été rassemblés par des collectionneurs, des amateurs, et quelques musées de particuliers comme celui, remarquable, de Rochefort, qui les présente en situation.

Ils ont fait l'objet d'ouvrages bien documentés et d'expositions temporaires et font toujours le bonheur des amateurs à la faveur de ventes spécialisées. N'ayant pu résister pour ma part au plaisir de m'en procurer quelques-uns, c'est toujours avec admiration que je porte le regard sur eux.

 

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Quoi de plus beau en effet qu'un conditionnement (on ne disait pas encore « packaging », heureusement !) usiné, et décoré par des professionnels attentifs à la qualité du graphisme attaché à celle du produit ? Quoi de plus simple, de plus fort et de plus porteur que le cube rouge et jaune en perspective sur fond outremer vantant le produit que Julius Maggi inventa un jour à l'usage des familles, et pour revigorer l'ouvrier et le soldat ? Et Tonimalt, n'a-t-il pas mis le Mont Blanc en boîte tout simplement d'un coup de crayon ?

On n'en finirait pas de flatter la Vache qui Rit, Banania et le Chocolat Menier rien qu'en les regardant. C'est qu'ils sont intemporels, de là leur force et leur attrait, et qu'ils sont gravés dans notre mémoire. Tirons-en la leçon qui s'impose : ce pouvoir, ils le doivent à la main de l'artiste plutôt qu'à la photographie, et parce que la « mise en boîte » ou en bidons (des marques d'huiles pour moteurs, déclinées aux travers de leurs nombreuses variantes.) était garante de la qualité du produit, l'artiste la soignait comme il convenait de le faire : en petite œuvre d'art. Il suffisait parfois d'un titre placé en perspective, à l'image de la marque Energol, pour animer la plaque à l'exclusion de tout autre décor. Kub avait fait des émules qui avaient compris que la perspective et le choix des couleurs étaient le moyen de dynamiser le produit ou le slogan ; aussi de nombreuses publicités en usèrent-elles avec succès.

 

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Maintenant qu'on ne met plus guère en boîte le produit mais qu'on l'empaquette, qu'on l'enveloppe, qu'on le scelle dans le plastique ou dans l'aluminium, quelque chose de merveilleux a disparu des rayonnages dont seules, les boîtes de sardines (et encore pas toutes !), quelques produits du terroir, et la crème de marron Clément Faugier nous rappellent le souvenir. Rien de mystérieux dans ce merveilleux, seulement le charme d'un temps pas si lointain où l'on savait le prix des choses et où le gaspillage institutionnalisé n'avait pas encore pris les proportions qui caractérisent le « règne de la quantité » où dorénavant, la vulgarité le dispute à la médiocrité.

 

Orientations :

 

-      La plaque émaillée publicitaire, Michel Wlassikov.

-      Email et Pub, Courault, Bertin.

-      La folie des plaques émaillées, M. Ducamp.

-      La plaque émaillée belge, collectif.

-      Les plaques émaillées de l'automobile, B. Rihet.

-      Murs peints, M. Combier.