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20/02/2012

LA FONTAINE DE SANG

 

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A la faveur d’une affaire qui n’en est pas une —l’information faite récemment par la « fille de son père » sur l’abattage rituel en Ile de France— j’en profite pour dire combien me répugne ce type de pratiques, ceux qui les mettent en œuvre, et par extension toute la chaîne de distribution halal et casher. On observera que je suis sur le chapitre, moins réducteur que « la fille de son père » qui me semble-t-il, ne visait que la tradition halal, on se demande pourquoi.

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Tradition ? parlons en. Au sujet de l’abattage halal notamment, où est-il prescrit dans le Coran qu’il faille égorger d’une oreille à l’autre les animaux de boucherie pour les consommer ? Ce ne sont que pratiques d’usage, dues à une interprétation abusive du texte qui font aujourd’hui force de loi. Il n’en va pas de même de l’abattage casher qui relève, lui, d’un code scrupuleusement appliqué au risque d’offenser son dieu jaloux. N’importe, l’un comme l’autre ne sont rien moins que l’expression d’une barbarie à visage humain appliquée sans restriction à nos frères les animaux dans d’intolérables conditions de souffrance. Il faut, sur le sujet, rappeler que les victimes ne sont pas anesthésiées et que leur mort, si brève soit-elle, leur inflige des douleurs qu’on a du mal à imaginer et que seuls parmi les humains, ceux rescapés d’une tentative d’égorgement (s’il s’en trouve) pourraient être en mesure d’apprécier.

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Trop d’animaux sont abattus chaque année en France (plus d’un milliard cent millions !), beaucoup trop et dans des conditions épouvantables de transport, d’attente, de promiscuité et d’abattage. Jamais autant de fontaines de sang n’ont abreuvé et enrichi ceux qui pataugent dedans :  éleveurs,  intermédiaires, distributeurs, enfin toute la clique des maquignons. C’est l’un des marchés les plus lucratifs et cela, uniquement à cause de la demande —orchestrée par une publicité sans foi ni loi— de consommateurs acéphales, abrutis jusqu’à l’os, qui creusent leurs tombes avec leurs fourchettes carnassières, et dont je ne vais pas plaindre la disparition souvent prématurée qui somme toute, n’est que justice.

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Disparition prématurée, parce que les méfaits d’une alimentation journellement carnée sont connus et archi connus qui profitent en premier lieu au vorace bisness médico-pharmaceutique  en engendrant surcharge pondérale, infarctus, cancers etc… Ces pratiques carnassières témoignent, comme beaucoup d’autres, d’un irrespect total de la vie en général et des animaux en particulier. Si chacun réduisait sa consommation de viande de boucherie ne serait-ce qu’à un jour par semaine, on épargnerait le monstrueux gâchis programmé par le réseau qui en tire bénéfice, dans le même temps qu’on y gagnerait en espérance de vie.

Quant aux abattages rituels en France, il suffit tout bonnement d’en interdire la pratique sur le territoire comme l’ont fait nos amis des Pays-Bas, sans oublier de faire la chasse aux tueries clandestines de moutons de l’Aïd-el-kébir auxquels il arrive qu’on fasse prendre un bain de leur propre sang dans les baignoires des banlieues. C’est un vœux pieux, hélas, qui n’a aucune chance d’être exaucé. D’abord, parce que la classe dirigeante sodomisée des sous-chiens rampants est aux ordres ; ensuite parce que ceux qui sont pendus aux tétines du veau (en l’occurrence de la vache) d’or ne sont pas prêts de les lâcher;  enfin parce qu’il n’y a pas de volonté populaire de mettre un terme à ce scandale qui comme beaucoup d’autres fait sourire les radios pourries du Système.

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Las, las, las, « Animaux de tous les pays, unissez-vous ! »

« Et c’est ainsi qu’Allah est grand ! » aurait dit notre cher Vialatte et j’ajoute pour ma part « Yahvé  aussi ! », tant qu’à faire…

Et je vous livre à propos ce petit texte de Charles BAUDELAIRE extrait de « Mon cœur mis à nu » :

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«  Il est impossible de parcourir une gazette quelconque, de n’importe quel jour ou quel mois ou quelle année, sans trouver à chaque ligne les signes de la perversité humaine la plus épouvantable, en même temps que l e s  v a n t e r i e s les plus surprenantes de probité, de bonté, de charité, et les affirmations les plus effrontées relatives au progrès et à la civilisation.

Tout journal, de la première ligne à la dernière, n’est qu’un tissu d’horreurs. Guerres, crimes, vols, impudicités, tortures, crimes des princes, crimes des nations, crimes des particuliers, une ivresse d’atrocité universelle.

Et c’est de ce dégoûtant apéritif que l’homme civilisé accompagne son repas de chaque matin. Tout, en ce monde, sue le crime : le journal, la muraille et le visage de l’homme.

Je ne comprends pas qu’une main pure puisse toucher un journal sans une convulsion de dégoût. »

 

01/12/2011

L'EMPRISE

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Tout pouvoir est despotique. Le plus obscur d’entre eux, la démocratie, à l’observer de près, constitue peut-être le fleuron des totalitarismes. Et cela, seuls les anarchistes semblent l’avoir compris. Ils ont bien vu que la caractéristique des gouvernements des démocraties parlementaires résidait dans leur esprit de système et la dérive de leurs institutions. Leur « meilleur des mondes » ne sera jamais qu’un enfer pavé de bonnes intentions et assurément l’un des plus répressifs.

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Souvenons-nous des démocrates de 89 ! Et des démocraties dites populaires de la fin du XXe siècle, donc ! Comment qu’elles prirent racines les mignonnes! Comment qu’elles furent arrosées de sang frais jusqu’à saturation ! Ah ! les salopes ! Ces pourvoyeuses de profiteurs et tyranniques assassins qui sablaient le champagne en toge prétexte sur les cadavres de la plèbe !

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Grands démocrates...

A considérer le siècle commençant, monstre ruminant la fin des nations qu’il n’en finit pas d’avaler, à considérer plus particulièrement l’Europe occidentale et les USA ce « modèle » de société avancée et de civilisation, leurs politiciens véreux et leurs épigones tous plus malfaisants et corrompus les uns que les autre, on est en droit de se demander si le suffrage dit « universel » dont ils tirent légitimité est encore le meilleur système pour parer au pire ! Rien n’est moins sûr… En laissant croire au peuple (quel peuple ?) qu’on lui donne le choix, qu’en lui permettant de s’exprimer par les urnes il reste en définitive le seul décideur, on le berne, on bafoue le contrat social et il se retrouve en définitive gros-Jean comme devant. Le curieux dans cette affaire c’est qu’il en redemande, le peuple ! Ah ! il n’est pas mûr, certainement, pour taper un bon coup du poing sur la table ! pour dire « Ça suffit ! tirons la chasse ! ».

Pour s’arroger le droit de balayer, et définitivement devant sa porte les scories de la sociale démocratie (ou de la démocratie sociale comme on voudra) et du libéralisme débridé, il faut en vouloir, se dire qu’on est encore un homme, qu’on n’attend pas l’aumône pour s’offrir une paire de couilles. Mais voilà, il est retourné, le peuple, à une forme de servitude pire qu’en les temps anciens —je veux dire de féodalité— où il restait aux croquants assez de ressort, c’est-à-dire de courage, pour emmancher les faux et les couteaux de pressoir histoire d’en découdre avec l’affameur...

L’asservissement contemporain est autrement pernicieux, bien plus insidieux que l’ancien, en cela qu’il est « volontaire ». Par conséquent, force est d’admettre aujourd’hui que le peuple s’est aliéné dans une servitude volontaire. Alors évidemment, dans ces cas-là, c’est miracle s’il se décide à secouer ses puces ! et s’il se trouve encore quelqu’un d’assez libre et courageux pour l’inciter à le faire !

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L'Opérateur céphalique

Mais de quel peuple s’agit-il au fait ? Peut-on légitimement, aujourd’hui parler de « peuple » ? Non. Et pourquoi ? Parce que les émules du Père Lustucru, comme autant d’habiles opérateurs céphaliques, en lui martelant la tête sur l’enclume de la société marchande l’ont décervelé. Ils ont transformé à coup de matraquage réitéré ce peuple, ce tiers-état naguère respectable, en masses non plus laborieuses mais « consuméristes ». Il ne faut donc, en toute objectivité, plus parler de peuple, mais de masses consuméristes. Tout comme à l’évidence il ne faut plus parler de « salaire » mais de « pouvoir d’achat ». C’est le système du gavage de l’oie.

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Ça marche tant qu’il y a de la graine, autrement dit tant que le troupeau peut remplir les cadies et les réservoirs. Ça peut très vite s’enrayer à supposer qu’il y ait une paille dans l’engrenage, disons, de la chaîne alimentaire…

A ce propos, et puisque tout tourne autour des « biens » de consommation (lesquels soit dit en passant sont le plus souvent des maux), observons comment le « système » (peut-on le nommer autrement ?) a su verrouiller l’aliénation en inversant le signifiant chez le lampiste taillable et corvéable qu’il gouverne et conduit à l’abattoir.

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Métropolis, Fritz Lang

Personne mieux que Georges Orwell n’a su exprimer la situation qui est à présent la nôtre, aussi bien qu’il ne l’a fait dans son chef d’œuvre « 1984 », en s’appuyant sur la « novlangue ». C’est une arme redoutable la novlangue ! Qui réussit sans peine à nous faire prendre St Ouen pour Cythère ou les vessies pour les lanternes pour peu qu’on s’y laisse prendre. En ces temps de grande obscurité, elle fonctionne à merveille la novlangue. On notera à ce propos qu’entre elle et le langage châtré de la « political correctness » c’est pacte de larrons en foire. Servi par la mentalité « bisounours » qui le brosse dans le sens du poil, il semble que le système ait encore de beaux jours devant lui !

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La mentalité bisournours en effet, d’une façon générale, et a priori, dans le coupable veut voir la victime. On connaît la musique ! Et en allant jusqu’au bout, c’est la victime qui devient coupable, tout comme le laid devient beau chez le Bobo. La victime, n’était-elle pas, par sa seule présence sur les lieux du drame une provocation ? un « appel au viol » ? N’a-t-elle point incité inconsciemment, certes, au passage à l’acte d’un « agresseur » victime d’un monde déboussolé ? D’un innocent égaré par l’exigence d’une jouissance immédiate, que la faiblesse seule et le conditionnement social poussèrent dans le moment à la satisfaction de sens sans cesse harcelés ?

Cette bisounourserie bling-bling, chez laquelle l’inversion des valeurs est de règle, n’est qu’une des variantes du snobisme intellectuel cher aux Bobos. Elle se montre aux vernissages de la jet society comme sur les plateaux de télévision, dans les festivals et les réceptions plus ou moins mondaines à seules fins de lécher les pompes du système. Elle y parvient. Et au point où nous en sommes rendus, il n’est pas sûr qu’elle ne finisse par reléguer dans les soupentes du Louvre, toutes les œuvres majeures pour les remplacer par les divagations et les impostures de lard contemporain qui, comme chacun sait, rapporte gros à ses maquignons. C’est la même chose en politique, avec toutefois un temps d’avance pour les marchands du temple. Cet état d’esprit néo-conservateur prépare le melting-pot universel où tout le monde sera beau métissé et gentil. Il entend régir —et régira si rien ne l’arrête— le « village mondial », en travelling, sur fond branché de parc d’attraction.

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L'Amérique d'aujourd'hui: NEOCON...

 

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... et celle d'hier: VIEUX SAGE (Chief White Man, Kiowa Apache)

 

Au fond de mon âme, comme dans la chanson de Serge Lama, j’entends monter le son du tam-tam…

Et puisqu’il est question de chanson, il me souvient d’une, pas si lointaine, de François Béranger : « Tranche de vie ». Ça commençait comme ça, prometteur :

« Je suis né dans un p’tit village

Qu’a un nom pas du tout commun,

Bien sûr entouré de bocage

C’est le village de Saint Martin… »

Chanson populaire comme on n’en entend plus guère par chanteur populaire parce que « du peuple », comme on n’en voit plus guère. Mais hélas, en dépit de ses talents, François Béranger comme beaucoup de gens de talents d’ailleurs, croyait aux « Droits de l’homme » et à « l’Internationale »… encore des histoires ! Et dans un sens, ces purs là aussi ont leur part de responsabilité dans la débâcle, car ç’en est une et sérieuse qui s’annonce sur fond de guerre de religion.

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Le village mondial ne s’appellera jamais Saint-Martin… dommage.

On en recausera, si on a l’occasion…

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Lu sur le Web :

Inversion des valeurs : lettre d'une mère à une autre mère, après le journal télévisé de RTP1 (Portugal). (Info ou intox ? Se non è vero è ben trovato ! )

 

 Chère madame,

J'ai vu votre protestation énergique devant les caméras de télévision contre le transfert de votre fils de la prison de Porto à la prison de Lisbonne. Je vous ai entendue vous plaindre de la distance qui vous sépare désormais de votre fils et des difficultés que vous avez à vous déplacer pour lui rendre visite. J'ai aussi vu toute la couverture médiatique faite par les journalistes et reporters sur les autres mères dans le même cas que vous et qui sont défendues par divers organismes pour la défense des droits de l'homme, etc.

Moi aussi je suis une mère et je peux comprendre vos protestations et votre mécontentement. Je veux me joindre à votre combat car, comme vous le verrez, il y a aussi une grande distance qui me sépare de mon fils. Je travaille mais gagne peu et j'ai les même difficultés financières pour le visiter. Avec beaucoup de sacrifices, je ne peux lui rendre visite que le dimanche car je travaille tous les jours de la semaine et aussi le samedi et j'ai également d'autres obligations familiales avec mes autres enfants.

Au cas où vous n'auriez pas encore compris, je suis la mère du jeune que votre fils a assassiné cruellement dans la station service où il travaillait de nuit pour pouvoir payer ses études et aider sa famille. J'irai lui rendre visite dimanche prochain. Pendant que vous prendrez votre fils dans vos bras et que vous l'embrasserez, moi je déposerai quelques fleurs sur sa modeste tombe dans le cimetière de la ville. Ah, j'oubliais. vous pouvez être rassurée, l'état se charge de me retirer une partie de mon maigre salaire pour payer le nouveau matelas de votre fils puisqu'il a brûlé les 2 précédents dans la prison où il purge sa peine pour le crime odieux qu'il a commis. Pour terminer, toujours comme mère, je demande à tout le monde de faire circuler mon courrier, si intime qu'il soit. nous parviendrons ainsi peut-être à arrêter cette inversion des valeurs humaines.

 

10/11/2010

HOTEL DE LA DEROUTE

 

 

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On est arrivé dans ce monde déchu par un beau soleil, logé et nourri gratis à la bonne taverne, en croyant que ça allait durer. Et puis on s’est rendu compte, en grandissant, que le soleil chauffait moins fort, que la lune se faisait moins caressante, que des nuages tout chargé d’opprobre s’amoncelaient bien menaçants sur nos têtes et qu’on avançait, souvent à reculons,  en pataugeant de plus en plus dans la boue. Nous n’étions pas encore prêts à affronter tête nue les sacrés déluges qui s’annonçaient ! Fallait se mettre à l’abri, trouver un toit dare-dare, ça devenait urgent au risque de retomber dans la soupe primordiale !

C’est comme ça, à force de tourner en rond, qu’on est arrivé devant « l’Hôtel de la Déroute ». On n’était pas les premiers ! Que non ! Y avait même une sacré queue et pour tout dire, un grand nombre de nos semblables qui poireautaient depuis des lunes devant la porte en dépit du prix à payer. On se souvenait de « Chiquita »...

Comme par miracle ça s’est ouvert tout seul quand on s’est montré ! Et d’un coup, sans même qu’on ait à pousser, en nous avalant gloutonnement…

On a suivi le troupeau qui s’est mis à applaudir histoire de soulager la tension de ses  nerfs et de se redonner du courage. Et puis aussi peut-être, pour sympathiser les uns les autres, comme on le faisait aux rentrées des classes ou à la caserne, du moins, au temps pas si lointain où servir sous le drapeau était obligatoire.

On n’a pas été bien loin ! Derrières les vantaux, des préposés fraîchement émoulus nous ont enregistré, pesé, mesuré, photographié, estampillé, catalogué… A dire vrai, on s’en doutait ; c’est le contraire qu’on n’aurait pas compris, qu’on nous laisse entrer sans remplir la fiche, ainsi dire « incognito ». On s’est dit : « C’est régulier, dans un monde organisé, chacun doit se conformer à la loi, la respecter, et payer l’impôt ! » On l’avait compris tout jeune déjà chez nos bons parents qui nous avaient bien élevé. Alors, comme la société est une grande famille, on s’est répété comme ça : « Y a pas d’entourloupe », pour se rassurer. On savait pas encore quel fichu traquenard c’était l’Hôtel de la Déroute ! D’autant qu’on y allait confiant nous autres, sans arrière pensée, logé à la même enseigne, à la bonne franquette ! On savait pas qu’on déchanterait devant qu’on soit  tout à fait racorni…

A propos d’enseigne, l’Hôtel de la Déroute nous parut être une bonne auberge, vu qu’il en avait pas d’enseigne ! On s’est dit « On peut y aller, c’est l’Auberge de l’Ange Gardien ! ». On avait trop lu la Comtesse de Ségur, naïf qu’on était !

 

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Comment qu’on croyait que c’était un bon abri l’Hôtel ? mais sur sa mine parbleu ! Renommé, civilité oblige,  « l’Hôtel des droits de l’homme », rien moins. Pas farouche au demeurant, même, sympathique d’abords, et tout le confort ! Et la suite ! Une organisation ad-hoc, que des enarques ou archi diplômés aux postes clef, pas trop de travail mais suffisamment pour les plus courageux. Et partout profusion de jeux, de  divertissements nombreux et variés, de spectacles permanents, de boutiques regorgeant de produits surfaits autant qu’inutiles. Pour les malins qui savaient s’arranger, il y avait matière à exercer l’art subtil de la duperie qui consiste à vivre aux dépens des autres en leur bourrant le mou, en ne gardant pour soi que le créneau du moindre effort. De la sorte, en travaillant que de la tête et encore pas trop, en donnant le change et surtout en s’appliquant à répéter les vérités consacrées du système, on devait pouvoir dans cette logique, avec un peu de bonne volonté, arriver à se tailler assez rapidement sa place au soleil... Et pour peu qu’on sache plaire à la direction ça pouvait même aller très vite en besogne et sans trop d’efforts, vu qu’on les portait dans le sang ces vérités répandues, attendu que nos géniteurs eux-mêmes, formatés qu’ils étaient, se les étaient répétées plus que le nécessaire pour bien se les enfoncer dans le crâne et tenter de gravir, en fonction de leurs mérites ou de leur asservissement, l’échelon social. Des méthodes qui avaient fait leurs preuves mais qui nous disaient pas grand chose à nous qui avions encore des scrupules, et qui, en dépit de ce que nous sentions d’inéluctable, nourrissions toujours quelque espoir à l’endroit de l’âme humaine.

Nous qui représentions le dernier carré des combattants, refusions de croire ce qu’on voulait nous faire avaler en douceur, savoir que tout allait bien à l’Hôtel comme dans le meilleur des mondes. Certes, il demeurait encore beaucoup à faire pour améliorer le sort des plus démunis, les réprouvés, parias du monde moderne relégués dans la soupente des écuries quand ce n’était pas à même le caniveau ou dans les égouts à cause de la chaleur bienfaisante des eaux usées. Pour échapper à ça, comme on était plusieurs à penser la même chose, on s’est bien vite organisé comme on a pu, méfiants, chacun dans son coin, sans toutefois rien regretter du dehors où soufflait la tempête et où rôdaient, on l’apprenait chaque jour, des légions de plus en plus nombreuses de solliciteurs et d’affamés… De temps en temps il en rentrait quelques-uns de ces affamés, soit qu’ils aient réussi à tromper la vigilance des préposés, soit, qu’ayant fait des intelligences dans la place, celles-ci leur aient ouvert les portes à l’insu du plus grand nombre, mais pas du système. Ça l’arrangeait plutôt le système, dans un sens, de laisser faire ; ça lui gagnait des voix en même temps que ça le rendait très humainement respectable.

Faut l’avouer on manquait pas de place à l’Hôtel qui couvrait largement l’étendue d’un territoire; mais le flot incessant de ceux qui  sollicitaient chaque jours un hébergement prolongé pour ne pas dire définitif, ne laissait d’inquiéter, en sourdine, les autochtones. Les dirigeants eux, ne cohabitant pas et ne voyant que de loin les indigènes, tirèrent habilement profit de ce ressac dans un monde ou aider son prochain, du moins en apparence, valait certificat d’honorabilité. De temps à autre, pour la forme, et prouver que la loi avait encore un sens, on en refoulait quelques-uns aux marches de ce petit paradis, manu militari. Tout ça n’avait pas beaucoup d’importance. Que quelques pauvres bougres ne comprennent pas pourquoi ça tombait sur leur pomme à eux plutôt que sur celle du voisin ne changeait rien à l’affaire. Non, l’important, c’était ce qu’il restait encore de devises dans le ventre de la bête, de ce gros argent sonnant et trébuchant dont il tombait encore, parfois, quelques miettes dans l’escarcelle des mendiants aux portes des églises. Les soutes n’étaient pas encore vides, voilà qui comptait ! Et d’ailleurs, l’auraient-elles été que ça n’aurait pas changé grand chose. Beau temps que la monnaie ne voulait plus rien dire… Ce qui voulait dire quelque chose par contre, c’est ce que chacun avait sur son compte, enfin, le nombre de chiffres qu’il pouvait aligner devant la virgule, tout vent que c’était. Les nantis du système, « ceux de l’establishment » comme on disait, ils avaient si bien verrouillé le leur de compte, et assuré leurs arrières et ceux de leurs proches, qu’ils n’avaient guère à redouter du lendemain. L’angoisse du lendemain c’était, pour le plus grand nombre, la crainte de ne plus pouvoir changer sa voiture, partir en vacances, se taper de temps à autre le restaurant, les stades, les concerts ou les cinémas. C’était pas encore de plus pouvoir faire bouillir la marmite. Ça viendrait. C’était pas loin sans doute, on le sentait, y avait des signes avant-coureurs comme les cumuls d’endettement, les saisies, les interdits bancaires… Il y avait beau temps que les politiciens véreux toutes obédiences confondues  ne se posaient plus la question de savoir s’il existait des lendemains pour leur ouailles, leur seul souci étant de continuer à les plumer allégrement jusqu’au duvet… Sur ce point, tout de même il auraient dû se souvenir du bon La Fontaine et de sa poule aux œufs d’or. Et pourtant…

Pourtant l’Hôtel, au début, il fonctionnait quasi en autarcie. Des locataires pas feignants et débrouillards avaient, en raison de leurs aptitudes personnelles, monté de petites entreprises prospères. D’autres, par atavisme, s’étaient mis à cultiver ce qui restait encore de bonnes terres. L’administration, réduite au nécessaire, suivait son chemin comme aussi les grosses fortunes. Ces dernières, bien qu’en surcharge pondérale, n’ayant pas encore dépassé le budget qui faisait vivre la petite colonie étaient tolérées; néanmoins on sentait qu’elles s’approchaient d’un seuil qu’elles ne tarderaient pas à franchir et qu’à partir de là viendraient tous les désastres… On pouvait s’inquiéter. On le fit, le jour où l’on s’aperçut de la fuite des capitaux comme si l’Hôtel était troué de partout. Plus qu’un gros rhume, c’était une sacrée crise d’asthme qui s’annonçait rédhibitoire. Les dirigeants, arguant de cette « crise » derrière laquelle ils se réfugièrent d’un commun accord pour justifier l’échec de leur politique et masquer le scandale de leur train de vie et de leurs compromissions, assurèrent qu’il n’y avait pas à s’inquiéter mais seulement à serrer d’un ou deux crans sa ceinture pour refaire surface. Eux-mêmes, d’ailleurs, ne faisaient rien d’autre : ils ne touchaient plus leurs tickets restaurants  ni leur prime de ressemelage. C’était qu’un mauvais moment à passer ! Et encore, qu’on savait pas la chance qu’on avait d’être au premier rang des pionniers de l’inévitable expansion du mondialisme ! Entendant par là qu’au-delà de notre horizon, borné d’un côté par la mer et de l’autre par des montagnes ou des plaines inhospitalières d’où soufflait un vent aigre, il existait des partenaires admiratifs qui ne demandaient qu’à s’ouvrir à notre marché pour n’en faire qu’un, énorme, où tout, absolument tout, serait à acheter et à vendre. C’est ainsi, et grâce à cette aubaine, qu’on remonterait la pente, aidé en cela par la réputation d’excellence qu’avait l’Hôtel au-delà des mers et très loin vers le soleil levant où des auberges bien plus costaudes couvaient de fortunés rapaces qu’on n’ imaginait guère.

On connaît la suite. Ruinés par les délocalisations, le jeu des opérations boursières et les scandales financiers, les petits épargnants et les petites entreprises que rachetèrent d’habiles maquignons pour les revendre à de plus grosses elle mêmes à la botte de titanesques entièrement dévolues aux banques, se retrouvèrent en chemise avec leurs deux yeux pour pleurer.  Un certain nombre préféra quitter l’Hôtel définitivement et s’en alla sans bagages, en fumée, par la cheminée des crématoriums. Les autres essayèrent de trouver quelque appui auprès des syndicats ou de la presse en s’apercevant bien vite que les uns et les autres, aux ordres, n’obéissaient in fine, qu’au seul système… 

On devait se rendre à l’évidence : le trépied de l’intelligence politique, scientifique et financière avait tout verrouillé et, comme on venait de l’apprendre par des réseaux de dissidents, en se haussant au rang de démiurge, s’employait à pétrir dans la boue, à l’insu d’un peuple qui n’existait plus et qui de toutes façons, lobotomisé n’aurait pas réagi, un monstrueux homonculus  dont le directeur de l’Hôtel n’était qu’un piètre réplicant. Cet homonculus, dès son achèvement prochain règnerait sur le groupe hôtelier planétaire sans états d’âme, attendu qu’il en serait dépourvu, afin d’accomplir le grand rêve d’un conseiller qui avait servi plus d’un directeur et s’y connaissait en façons de golems… Un conseiller qui, sans trouver d’Aetius devant lui, « sous les sabots de ses chevaux » se taillait la route dans les gouvernements comme un autre en son temps l’avait fait dans les champs catalauniques…

Nous autres, clairvoyants, nous souvenant d’un livre que nous avions lu en 1984, décidâmes de mettre les voiles, certaine nuit d’un trente avril, préférant finir nos jours dans la cabane d’un jardinier au sein de quelque forêt gaste d’au-delà du glacis qui s’étendait sur l’arrière de l’Hôtel plutôt qu’entre ses murs où le pire s’annonçait probable. Dans cette forêt, en s’ouvrant quelque clairière, on s’était dit qu’on pourrait cultiver des légumes non trafiqués, cueillir des fruits sains et faire son pain d’un blé sans reproches. C’était sans compter sur ce que nous découvrîmes en quittant la place…

On aurait pu pourtant se poser la question de savoir d’où venaient ces bruits lointains, ces ronflements comme d’un troupeau de bisons qui ferait trembler la terre. C’est quand on a débouché, après des jours et des jours de marche sur l’arrière de l’Hôtel qu’on a été surpris !

D’abord, on a su qu’on n’était pas des premiers, nous l’apprîmes des réprouvés croupis dans leur fange : tous les dirigeants et leur suite nous avaient précédé par les coursives le plus discrètement possible, en troupeaux serrés de rats organisés, jusqu’au tarmac de leur  héliport personnel. Ensuite, en débouchant hors les murs, on a compris enfin d’où venaient les bruits ! C’étaient ceux des escadrons de grosses Komatsu chenillées et des dumpers qui nettoyaient le terrain ayant joliment entamé l’Hôtel en ne laissant sur quelques pans de murs en guise de témoins que les pancartes « A VENDRE » qu’ avaient fait poser ceux qui l’avaient quitté les poches pleines.

Elles demeurèrent ces pancartes comme des totems pour amuser les générations futures de petits réplicants…

On n’avait peut être pas l’air malins nous autres, avec nos valises, devant les décombres, mais ce qu'on savait, c'est qu'on allait très vite s'organiser en résistance, dans la forêt...

 

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