Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

11/08/2019

MAUDIT JOUR...

Aujourd’hui 11 août, maudit jour, la fontaine de sang de l’Aïd el Kébir, comme elle le fait hélas tous les ans, va arroser la terre de France et d’ailleurs de ses flots de sang.

On estime, pour notre seule nation, que 200 000 moutons, voire davantage, vont être sacrifiés au plaisir de l’Eternel et… de ses zélés égorgeurs.

Car on ne m’empêchera pas de penser que ceux qui s’adonnent à cette effroyable boucherie, n’en tirent dans la foulée une réjouissance malsaine au point d’y associer bien souvent leurs enfants lesquels n’hésitent pas à se faire la main en sciant gaiment le cou du mouton, tout en pataugeant dans des mares de sang.

Il faut l’avoir vue bien en face cette tuerie festive, sinon sur le vif, du moins filmée ou en image pour savoir à quoi s’en tenir sur ce qui risque de nous attendre demain si nous n’y prenons garde aujourd’hui.

Car nul ne sait de quoi demain sera fait en dépit de tout ce qui court sur le Net d’hypothèses plus ou moins bancales.

Une chose est sûre, c’est que tolérer de tels épanchements d’hémoglobine laisse présager du pire, surtout, quand le goût du sang s’acquiert dès le plus jeune âge…

aid-el23.jpg

(FdF Blog)

Aux forts appartient l’avenir, c’est comme ça, la nature le veut ainsi et à bien l’observer tout le démontre ; les faibles seront les moutons de demain on devrait sérieusement y réfléchir. Il appartient à l’homme de trouver sa force dans le caractère plutôt que dans les muscles, quoi que l’un n’empêche pas l’autre et le caractère, pour être de bonne trempe, comme le fer porté au rouge doit être martelé sur l’enclume avant que de refroidir dans son bain d’eau froide. Notre temps s’y prête à merveille qui n’épargne rien, ni les hommes, ni les bêtes, ni la nature tout entière. Ceux qui le comprendront auront peut-être une chance de s’en tirer quand viendra le temps du grand chambardement et que la Nature s’y associera histoire de secouer ses puces.

Quand le fric règne en maître absolu, que l’imposture est aux commandes quand la crapule tire les ficelles dans la coulisse, le spectacle du monde ne doit pas étonner les consciences lucides qui l’observent. Jamais sans doute au cours de l’Histoire, eût égard aux moyens techniques dont dispose le pouvoir, nous n’avons été aussi près de disparaître en tant qu’hommes, de disparaître non point comme « viande », il en restera toujours quelque chose d’exploitable, mais comme « conscience », comme individualité consciente…

C’est donc à la réification de l’être que nous assistons et tout concourt à le montrer, il n’y a qu’à sortir dans la rue ou se pencher à sa fenêtre, se rendre à n’importe quels spectacle ou manifestation, tourner le bouton de n’importe quel poste pour comprendre qui est au gouvernail et qui remplit les soutes, nouveau coke en stock.

Au point où nous en sommes rendus d’inhumanité engendrée par l’humanitarisme (ce qu’avait justement vu Max Scheler) on peut –et l’on doit- s’attendre au pire ! surtout quand le nombre toujours croissant d’ONG, soi-disant animées de bonnes intentions, idiotes utiles du système, s’emploient à laminer ce qu’il reste encore de peuples libres et entiers par l’encouragement obligatoire au grand mélange dans le village people.

La diabolisation orchestrée de l’idée de nation, le non respect du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, le nivellement des cultures, la disparition des identités et celle des sociétés organiques, l’ingérence des états dans tous les domaines, le culte rendu au business, aux affaires et aux apparences, caractérisent les sociétés actuelles qui ne sont en fin de compte que le reflet de ce qu’est devenu, à force de matraquage médiatique et de manipulation de bateleurs de foire, l’individu contemporain qui n’a qu’une prétention : celle du bonheur matériel ici bas et tout de suite s’il se peut !

Pour en revenir à nos moutons, puisque c’est d’eux qu’il s’agit, je vous invite à vous reporter dans ce même blog aux deux notes précédemment commises sur le même thème : « La vie écarlate » et « La fontaine de sang ».

Quand le Dieu Jaloux commande qu’on lui égorge une créature pour lui être agréable, on doit s’interroger sur la portée du « Je te donne ceci, tu me donnes cela » du contrat sacrificatoire.

Quand les égorgeurs, comme la mérule, partout se répandent et prolifèrent, il y a tout lieu de s’inquiéter, surtout quand on leur ouvre en grand les portes et qu’on les encourage en traquant ceux qui par malheur, se mettent en travers en émettant l’ombre d’un doute !

Quant à l’intolérable souffrance animale, qui l’évoque parmi les Bien- pensants qui ne sont, comme le notait si bien Louis Cattiaux, qu’autant de panses- bénites ? Ajouterais-je, qu’en dehors de Madame Bardot, de Monsieur Cassen et de trop peu d’autres, je n’ai pas entendu beaucoup de personnalités du spectacle et de la culture s’émouvoir de la chose et la dénoncer comme il conviendrait de le faire.

Et les Vegans, hein ? Où sont-ils les Vegans et la L214 donc ? On les voit pas beaucoup aux abattoirs de plein air de l’Aïd les Vegans… C’est assurément moins risqué de s’en prendre au boucher du coin et surtout, quand il n’est ni Hallal ni Casher.

Cette souffrance-là, au rendez-vous tous les 11 août sur nos terres, n’a rien à y faire et il faudra bien, d’une manière ou d’une autre, y mettre un terme; inutile de l’ajouter à toutes celles, quotidiennes, qui frappent au hasard de l’ humeur belliqueuse de l’ennemi du dedans n’importe lesquels de nos concitoyens. Le terrible dans cette affaire sordide, c’est qu’elle touche peu de monde en dehors des âmes sensibles qui finissent par l’oublier. Les salauds, qui sont légion et ordinairement de grands carnassiers, eux s’en émeuvent guère… Qu’ils boivent donc à la coupe écarlate tant qu'ils le peuvent, ils la boiront un jour ou l’autre jusqu’à la lie.

 

« Du vent passa dans les branches des arbres et la voix du boucher s’affaiblit. Elle résonnait maintenant tout au fond d’une voûte noire, mêlée aux mugissements plaintifs, à la voix de tous les agneaux que nous avions tués. Je courais dans les herbes.

  • Olivier ! Olivier ! cria encore le boucher. Et je courais toujours dans les herbes.

 

   Mon Dieu, mon Dieu, faites qu’on ne tue jamais plus les moutons. »

(Pierre GASCAR, Les Bêtes, prix Goncourt 1953)

23/02/2018

LE SANG DES GLAIEULS

La boucherie Brutus occupait sur la place une parcelle en longueur qui s’étendait en légère déclivité du caniveau de la rue jusqu’au talus de la voie ferrée au pied duquel coulait le ruisseau. Au fond de la boutique s’ouvrait une porte vitrée de quatre carreaux dépolis. Elle donnait accès à la cuisine. A partir de là, par une porte semblable, on gagnait le laboratoire et ensuite la tuerie, directement sous le hangar où Libéral Brutus travaillait les bêtes.

Courtot.jpg

(Peinture de Paul Laurent COURTOT)

A cette époque, dans les campagnes, les bouchers abattaient chez eux et dans les conditions qu’on imagine.
Traverser cette enfilade de pièces obscures toutes baignées d’une persistante odeur de saindoux ranci, c’était comme de passer dans un tunnel dont on ne savait au juste si on en sortirait vivant. Au bout quand même, après avoir affronté cette épreuve qui revenait à passer le Styx ou l’Achéron, celui qui s’y était risqué pouvait souffler: le jardin tout baigné de lumière le recevait comme Saint-Pierre au Paradis, dans le rouge éclatant de ses glaïeuls abreuvés du sang des agneaux...

boucherie,sang,glaïeuls,agneaux,orties,ronces,légumes,baquet,morgue,entrailles,marne,billot,clou,granville,tranchoirs,boeufs,chevaux,vaugirard,chevreaux,anneau,gnomon,église,galetas,caniveau,cochon,locomotive,moutons

- Tu connais le chemin Victor ? Les choses ont pas beaucoup changé depuis le départ de mon défunt mari, tu t’en doutes hé ! Je ne t’accompagne pas. Fais attention aux orties et aux ronces en passant, hein ? Tu verras, y en a plus que de légumes tu sais !
Quand il eut fermé derrière lui la porte du laboratoire où des piles de plats en aluminite et de raviers fleuris reposaient sur des paillasses carrelées de blanc ainsi qu’à l’ hôpital ou dans les morgues, Victor déboucha dans l’abattoir, lequel se résumait de fait à un hangar adossé sur l’arrière de la maison et dont le faîtage montait jusqu’à hauteur de la fenêtre de la chambre du couple.

Le cousin Brutus avait tenu cet édifice suffisamment élevé de façon à pouvoir hisser par le palan à chaîne les bêtes abattues. Libéral, de la sorte, en les ouvrant sur leur longueur dans le gras du ventre d’un habile et unique coup de lame effilée, pouvait aisément les éviscérer au dessus du baquet prévu à cet effet, toujours disposé à recevoir leurs entrailles fumantes, comme les labours de la Marne avaient reçu celles de l’Oncle Arsène. En soi, l’endroit, au premier coup d’oeil, n’avait rien que de rassurant. Même, il pouvait donner le change en laissant croire qu’ il ne s’agissait que d’un simple bûcher. Cependant, à le détailler, c’était une autre affaire, il s’avérait terrible et fascinant à la fois.

Felice Boselli.jpg

(Peinture de Felice BOSELLI)

Victor fut quelques minutes à méditer sur le seuil, dans l’ombre chaude de la tuerie désaffectée où bourdonnaient des mouches bleues.

Appuyé au mur du fonds voisin, le billot en forme d’établi usé jusqu’à la trame, portait encore, de part et d’autre de sa tête de bœuf sculptée dans le hêtre, ses ustensiles d’inquisiteur glissés dans leur feuillure. Il y avait là toutes sortes de lames adaptées à leur besogne, scies, feuilles et tranchoirs affûtés. A un clou, planté sur le travers, pendait le fusil à aiguiser, le même que celui que portait le loup à sa ceinture sur les gravures de Granville...

boucherie,sang,glaïeuls,agneaux,orties,ronces,légumes,baquet,morgue,entrailles,marne,billot,clou,granville,tranchoirs,boeufs,chevaux,vaugirard,chevreaux,anneau,gnomon,église,galetas,caniveau,cochon,locomotive,moutons

N’étaient-ce la poussière et les toiles d’araignées qui les décoraient, on aurait pu croire que le boucher avait rangé ses outils de la veille. Victor ne toucha à rien. Comme il se tenait à peu près à l’endroit où devait naguère se trouver le tueur, il modifia sa position et s’approcha du mur et de l’anneau scellé dans la pierre auquel Libéral attachait les bêtes, comme si lui-même s’était disposé à recevoir à cette place le coup fatal. Plut au ciel que le boucher fut habile artisan ! Il se souvenait d’histoires qu’il avait lues sur Vaugirard où des tueurs avinés manquaient plus d’une fois les chevaux, les estropiant terriblement avant que de les achever. Combien de bœufs et combien de veaux le cousin Brutus avait-il assommés sans trembler, sur ce ciment encore gras de ses oeuvres ? Combien d’agneaux bêlants et de cochons bruyants avait-il égorgés sous son genoux impitoyable ? Et de chevreaux donc, tout palpitants, dont il savait sa femme gourmande ? Oui, combien de sanglotants chevreaux immolés sans pitié par ses puissantes mains à seule fin d’engraisser le corps obèse de la bouchère et celui de ses pratiques ?

Victor fut quelques secondes à s’abîmer dans la sensation étrange que bientôt, sans doute bien trop tôt, il lui faudrait consentir lui aussi à se laisser attacher à l’anneau. Qu’il saurait pas, comme le veau, qui viendrait le chercher. Ni où, ni quand ça se passerait. Ni pour nourrir quoi... Sans doute valait-il mieux. A moins que... Mais aurait-il la patience, et le courage ? Aurait-il le temps, devant que ne se lève l’ombre fatale qui tout efface ? Car “si tôt les morts refroidissent” ! N’est-ce pas ? Et d’ailleurs, que disait-elle d’autre la sentence lue en chemin, sur le gnomon de l’église ?

“Comme une ombre qui passe et qui ne revient pas Ainsi passent nos jours qui s’en vont à grands pas.”

Gnomon.jpg

Comme il s’avance à présent sous le hangar bardé de planches disjointes noircies au carbonyle, Victor pense à la détresse des animaux et sent le poids insupportable de leur souffrance l’ habiter tout entier. Ça monte dans ses jambes du caniveau naguère tout gluant de sang. Ça tombe sur ses épaules du plancher à claires-voies du galetas où séchaient les peaux. Ça sort des murs comme de la gueule ouverte d’une gorgone vomissant les sanglots plaintifs du chevreau qu’on égorge ou le grognement inouï du cochon auquel le boucher fait un sourire d’une oreille à l’autre pendant que siffle la locomotive qui passe le pont, là-bas dans la courbe, au bout du jardin, sur le remblai...

Loco.jpg

Ça le traverse. Ça l’assaille de partout...
Il n’alla pas jusqu’aux glaïeuls, il y courut avec l’envie de crier très fort comme le petit apprenti de la “Vie écarlate”: “ Mon Dieu, mon Dieu, faites qu’on ne tue plus jamais les moutons...”.

 

boucherie,sang,glaïeuls,agneaux,orties,ronces,légumes,baquet,morgue,entrailles,marne,billot,clou,granville,tranchoirs,boeufs,chevaux,vaugirard,chevreaux,anneau,gnomon,église,galetas,caniveau,cochon,locomotive,moutons

 

( Texte extrait du chapitre XXVI de "Le Temps revient", ouvrage dont les éditeurs n'ont pas voulu...)

19/05/2017

NOUS Y SOMMES...

gobineau,pléiade,nation,dégénéré,fléaux,peuples,dangers,sang,héros

 

« Ainsi une nation périt sous les fléaux sociaux parce qu’elle est dégénérée, et elle est dégénérée parce qu’elle périt. Cet argument circulaire ne prouve que l’enfance de l’art en matière d’anatomie sociale. Je veux bien que les peuples périssent parce qu’ils sont dégénérés, et non pour autre cause ; c’est par ce malheur qu’ils sont rendus définitivement incapables de souffrir le choc des désastres ambiants, et qu’alors, ne pouvant plus supporter les coups de la fortune adverse, ni se relever après les avoir subis, ils donnent le spectacle de leurs illustres agonies ; s’ils meurent, c’est qu’ils n’ont plus pour traverser les dangers de la vie la même vigueur que possédaient leurs ancêtres, c’est, en un mot enfin, qu’ils sont dégénérés. L’expression, encore une fois, est fort bonne ; mais il faut l’expliquer un peu mieux et lui donner un sens. Comment et pourquoi la vigueur se perd-elle ? Voilà ce qu’il faut dire. Comment dégénère-t-on ? C’est là ce qu’il s’agit d’exposer. Jusqu’ici on s’est contenté du mot, on n’a pas dévoilé la chose. C’est ce pas de plus que je vais essayer de faire.

Je pense donc que le mot dégénéré, s’appliquant à un peuple, doit signifier et signifie que ce peuple n’a plus la valeur intrinsèque qu’autrefois il possédait, parce qu’il n’a plus dans ses veines le même sang, dont des alliages successifs ont graduellement modifié la valeur ; autrement dit, qu’avec le même nom, il n’a pas conservé la même race que ses fondateurs ; enfin, que l’homme de la décadence, celui qu’on appelle l’homme dégénéré, est un produit différent, au point de vue ethnique, du héros des grandes époques. Je veux bien qu’il possède quelque chose de son essence ; mais, plus il dégénère, plus ce quelque chose s’atténue. Les éléments hétérogènes qui prédominent désormais en lui composent une nationalité toute nouvelle et bien malencontreuse dans son originalité ; il n’appartient à ceux qu’il dit encore être ses pères, qu’en ligne très collatérale. Il mourra définitivement, et sa civilisation avec lui, le jour où l’élément ethnique primordial se trouvera tellement subdivisé et noyé dans des apports de races étrangères, que la virtualité de cet élément n’exercera plus désormais d’action suffisante. Elle ne disparaîtra pas, sans doute, d’une manière absolue ; mais, dans la pratique, elle sera tellement combattue, tellement affaiblie, que sa force deviendra de moins en moins sensible, et c’est à ce moment que la dégénération pourra être considérée comme complète, et que tous ses effets apparaîtront. »

 

GOBINEAU "Oeuvres" Tome 1, Pléiade page 162