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10/11/2016

SCANDALEUX ABATTOIRS

Par ordonnance royale de 1833 autorisation fut accordée à la ville de Limoges d’ouvrir et de mettre en activité l’abattoir public et commun qu’elle a fait construire dans le pré de Beauséjour, hors de l’enceinte de cette ville.

Beauséjour, un nom pareil, ça ne s’invente pas !

Les bouchers qui abattaient jusque là dans la rue Torte ( l’actuelle rue de la Boucherie ) dans les conditions qu’on imagine, furent contraints de se rendre désormais aux échaudoirs de Beauséjour pour la tuerie en dépit des protestations successives qu’ils firent connaître dans une brochure intitulée : « Observations des bouchers de la ville de Limoges. » et de leur tentative d’une grève de l’abattage, votée par leur confrérie assemblée dans la petite chapelle de Saint Aurélien.

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Cette obligation d’abattre dans un établissement public fut à l’origine du démembrement d’une des plus fortes corporations de la ville de Limoges, celle des bouchers.

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L’abattoir de Beauséjour fonctionna jusqu’à la construction de celui de la route de Nexon qui prit le relais.

 

J’ai connu les vestiges du vieil abattoir avant leur démolition : une cour fermée par de grands murs, des bâtiments en symétrie en vis à vis de l’ allée centrale pavée en dos d’âne et bordée de caniveaux. Une entrée monumentale avec des piliers et des grilles à piques, deux pavillons carrés campés de part et d’autre du portail, en façon de corps de garde.

 

On aura compris que l’endroit avait quelque chose d’une caserne sauf que là, on n’abattait pas en différé au grès des humeurs belliqueuses du voisinage, on tuait de suite, au fur et a mesure des arrivages…

 

Comme toutes les friches industrielles et pour peu que le mauvais temps soit de la partie ce genre d’endroit parle tout seul, nul besoin de le questionner. On imagine… Et ce qu’on imagine relève le plus souvent sans trop d’efforts du film d’horreur. Tous les sensitifs le savent.

Je ne me suis pas attardé ce jour-là à détailler les échaudoirs vaseux, les trous des toitures et les bris de tuiles, l’éclatement des verrières ; j’ai traversé les herbes folles sous un ciel chargé, louvoyé entre des tas de briques et de pavés arrachés, des morceaux de ferrailles, de rails, de chariots déglingués… tout le bataclan de l’abominable besogne destiné à tuer les bêtes…

Beauséjour, c’est aujourd’hui un ensemble d’immeubles dans lesquels pour ce qui me concerne, je dormirais assez mal.

 

Ce passé est mort et enterré. C’est du nouvel abattoir, celui de la Route de Nexon par lequel le scandale, aujourd’hui arrive. Il a été dénoncé mais quelles seront les suites, si suites il y a ? Et si d’aucuns veulent y voir une question de « règlement de comptes », histoire de se dédouaner, j’en resterai pour ma part à ce que montrent les vidéos et les photos prises sur le tas et dont on ne mettra pas en doute la véracité. Quoi d’étonnant puisque, paraît-il, c’est monnaie courante d’abattre, à Limoges comme ailleurs, des vaches pleines arrivées au terme de leur gestation. On ne le savait pas. Il faut que quelque indiscrétion des plus salutaires enfin nous l’apprenne. Que nous apprendront-elles demain ces indiscrétions ? Que des détraqués et des sadiques assouvissent leurs penchants sans trop de risques de représailles ? Que des responsables, business oblige, ferment les yeux et se bouchent les oreilles ? Que la filière viande est pourrie jusqu’à l’os ? Et quoi d’autre encore ? Qu’il s’est vu des choses terribles dans les abattoirs, d’animaux torturés, parfois découpés encore vivants ?

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Tant que les hommes pataugeront dans le sang des bêtes, il y aura des guerres

 

Je ne m’attarderai pas à vous donner les détails de ces éviscérations et de ces égorgements, de la puanteur qui s’en dégage et qui est le parfum de l’Enfer, de tout ce qui se passe d’épouvantable, quotidiennement, chez nous en France et partout dans le monde aux dépens des animaux dont l’homme « civilisé » fait grande consommation.

Il faut une certaine dose d’hypocrisie tout de même, pour admettre qu’on puisse caresser l’agneau d’une main ou l’offrir en peluche à ses enfants, se réjouir du spectacle des chevreaux tétant leurs mères, et accepter qu’on les débite en quartiers saignants pour s’en repaître de l’autre.

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Crédit photo (En pleine gueule)

C’est bien de signer les pétitions dénonçant ces crimes qui sont des assassinats de la plus basse espèce, je n’en manque pas une, mais je vais vous donner un conseil qui est aussi LA solution et la seule : si vous ne voulez plus entendre leurs cris, voir couler leur sang, égorger leurs petits, faites comme moi, NE MANGEZ PLUS LA VIANDE DES BETES ABATTUES, c’est le premier pas qui coûte, il faut le franchir, après, ça va de soi. Vous verrez comme vous vous sentirez plus « léger » et vous saurez que cette légèreté, cette insoutenable légèreté de l’être, n’est pas due à une perte de poids mais à un effort consenti de volonté pure. Dire NON, une fois pour toute à ces meurtres en série quotidiennement réitérés pour la satisfaction du palais des carnassiers, c’est admettre que l’homme peut vivre sans s’empiffrer de steacks tartares, de foie de veau ou de selle d’agneau. Mais il faut commencer par soi car, comme l’a clairement écrit Louis Cattiaux, c’est en changeant le monde du dedans que celui du dehors changera, en réciprocité.

Conseil: Voir ce site

01/12/2011

L'EMPRISE

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Tout pouvoir est despotique. Le plus obscur d’entre eux, la démocratie, à l’observer de près, constitue peut-être le fleuron des totalitarismes. Et cela, seuls les anarchistes semblent l’avoir compris. Ils ont bien vu que la caractéristique des gouvernements des démocraties parlementaires résidait dans leur esprit de système et la dérive de leurs institutions. Leur « meilleur des mondes » ne sera jamais qu’un enfer pavé de bonnes intentions et assurément l’un des plus répressifs.

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Souvenons-nous des démocrates de 89 ! Et des démocraties dites populaires de la fin du XXe siècle, donc ! Comment qu’elles prirent racines les mignonnes! Comment qu’elles furent arrosées de sang frais jusqu’à saturation ! Ah ! les salopes ! Ces pourvoyeuses de profiteurs et tyranniques assassins qui sablaient le champagne en toge prétexte sur les cadavres de la plèbe !

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Grands démocrates...

A considérer le siècle commençant, monstre ruminant la fin des nations qu’il n’en finit pas d’avaler, à considérer plus particulièrement l’Europe occidentale et les USA ce « modèle » de société avancée et de civilisation, leurs politiciens véreux et leurs épigones tous plus malfaisants et corrompus les uns que les autre, on est en droit de se demander si le suffrage dit « universel » dont ils tirent légitimité est encore le meilleur système pour parer au pire ! Rien n’est moins sûr… En laissant croire au peuple (quel peuple ?) qu’on lui donne le choix, qu’en lui permettant de s’exprimer par les urnes il reste en définitive le seul décideur, on le berne, on bafoue le contrat social et il se retrouve en définitive gros-Jean comme devant. Le curieux dans cette affaire c’est qu’il en redemande, le peuple ! Ah ! il n’est pas mûr, certainement, pour taper un bon coup du poing sur la table ! pour dire « Ça suffit ! tirons la chasse ! ».

Pour s’arroger le droit de balayer, et définitivement devant sa porte les scories de la sociale démocratie (ou de la démocratie sociale comme on voudra) et du libéralisme débridé, il faut en vouloir, se dire qu’on est encore un homme, qu’on n’attend pas l’aumône pour s’offrir une paire de couilles. Mais voilà, il est retourné, le peuple, à une forme de servitude pire qu’en les temps anciens —je veux dire de féodalité— où il restait aux croquants assez de ressort, c’est-à-dire de courage, pour emmancher les faux et les couteaux de pressoir histoire d’en découdre avec l’affameur...

L’asservissement contemporain est autrement pernicieux, bien plus insidieux que l’ancien, en cela qu’il est « volontaire ». Par conséquent, force est d’admettre aujourd’hui que le peuple s’est aliéné dans une servitude volontaire. Alors évidemment, dans ces cas-là, c’est miracle s’il se décide à secouer ses puces ! et s’il se trouve encore quelqu’un d’assez libre et courageux pour l’inciter à le faire !

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L'Opérateur céphalique

Mais de quel peuple s’agit-il au fait ? Peut-on légitimement, aujourd’hui parler de « peuple » ? Non. Et pourquoi ? Parce que les émules du Père Lustucru, comme autant d’habiles opérateurs céphaliques, en lui martelant la tête sur l’enclume de la société marchande l’ont décervelé. Ils ont transformé à coup de matraquage réitéré ce peuple, ce tiers-état naguère respectable, en masses non plus laborieuses mais « consuméristes ». Il ne faut donc, en toute objectivité, plus parler de peuple, mais de masses consuméristes. Tout comme à l’évidence il ne faut plus parler de « salaire » mais de « pouvoir d’achat ». C’est le système du gavage de l’oie.

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Ça marche tant qu’il y a de la graine, autrement dit tant que le troupeau peut remplir les cadies et les réservoirs. Ça peut très vite s’enrayer à supposer qu’il y ait une paille dans l’engrenage, disons, de la chaîne alimentaire…

A ce propos, et puisque tout tourne autour des « biens » de consommation (lesquels soit dit en passant sont le plus souvent des maux), observons comment le « système » (peut-on le nommer autrement ?) a su verrouiller l’aliénation en inversant le signifiant chez le lampiste taillable et corvéable qu’il gouverne et conduit à l’abattoir.

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Métropolis, Fritz Lang

Personne mieux que Georges Orwell n’a su exprimer la situation qui est à présent la nôtre, aussi bien qu’il ne l’a fait dans son chef d’œuvre « 1984 », en s’appuyant sur la « novlangue ». C’est une arme redoutable la novlangue ! Qui réussit sans peine à nous faire prendre St Ouen pour Cythère ou les vessies pour les lanternes pour peu qu’on s’y laisse prendre. En ces temps de grande obscurité, elle fonctionne à merveille la novlangue. On notera à ce propos qu’entre elle et le langage châtré de la « political correctness » c’est pacte de larrons en foire. Servi par la mentalité « bisounours » qui le brosse dans le sens du poil, il semble que le système ait encore de beaux jours devant lui !

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La mentalité bisournours en effet, d’une façon générale, et a priori, dans le coupable veut voir la victime. On connaît la musique ! Et en allant jusqu’au bout, c’est la victime qui devient coupable, tout comme le laid devient beau chez le Bobo. La victime, n’était-elle pas, par sa seule présence sur les lieux du drame une provocation ? un « appel au viol » ? N’a-t-elle point incité inconsciemment, certes, au passage à l’acte d’un « agresseur » victime d’un monde déboussolé ? D’un innocent égaré par l’exigence d’une jouissance immédiate, que la faiblesse seule et le conditionnement social poussèrent dans le moment à la satisfaction de sens sans cesse harcelés ?

Cette bisounourserie bling-bling, chez laquelle l’inversion des valeurs est de règle, n’est qu’une des variantes du snobisme intellectuel cher aux Bobos. Elle se montre aux vernissages de la jet society comme sur les plateaux de télévision, dans les festivals et les réceptions plus ou moins mondaines à seules fins de lécher les pompes du système. Elle y parvient. Et au point où nous en sommes rendus, il n’est pas sûr qu’elle ne finisse par reléguer dans les soupentes du Louvre, toutes les œuvres majeures pour les remplacer par les divagations et les impostures de lard contemporain qui, comme chacun sait, rapporte gros à ses maquignons. C’est la même chose en politique, avec toutefois un temps d’avance pour les marchands du temple. Cet état d’esprit néo-conservateur prépare le melting-pot universel où tout le monde sera beau métissé et gentil. Il entend régir —et régira si rien ne l’arrête— le « village mondial », en travelling, sur fond branché de parc d’attraction.

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L'Amérique d'aujourd'hui: NEOCON...

 

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... et celle d'hier: VIEUX SAGE (Chief White Man, Kiowa Apache)

 

Au fond de mon âme, comme dans la chanson de Serge Lama, j’entends monter le son du tam-tam…

Et puisqu’il est question de chanson, il me souvient d’une, pas si lointaine, de François Béranger : « Tranche de vie ». Ça commençait comme ça, prometteur :

« Je suis né dans un p’tit village

Qu’a un nom pas du tout commun,

Bien sûr entouré de bocage

C’est le village de Saint Martin… »

Chanson populaire comme on n’en entend plus guère par chanteur populaire parce que « du peuple », comme on n’en voit plus guère. Mais hélas, en dépit de ses talents, François Béranger comme beaucoup de gens de talents d’ailleurs, croyait aux « Droits de l’homme » et à « l’Internationale »… encore des histoires ! Et dans un sens, ces purs là aussi ont leur part de responsabilité dans la débâcle, car ç’en est une et sérieuse qui s’annonce sur fond de guerre de religion.

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Le village mondial ne s’appellera jamais Saint-Martin… dommage.

On en recausera, si on a l’occasion…

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Lu sur le Web :

Inversion des valeurs : lettre d'une mère à une autre mère, après le journal télévisé de RTP1 (Portugal). (Info ou intox ? Se non è vero è ben trovato ! )

 

 Chère madame,

J'ai vu votre protestation énergique devant les caméras de télévision contre le transfert de votre fils de la prison de Porto à la prison de Lisbonne. Je vous ai entendue vous plaindre de la distance qui vous sépare désormais de votre fils et des difficultés que vous avez à vous déplacer pour lui rendre visite. J'ai aussi vu toute la couverture médiatique faite par les journalistes et reporters sur les autres mères dans le même cas que vous et qui sont défendues par divers organismes pour la défense des droits de l'homme, etc.

Moi aussi je suis une mère et je peux comprendre vos protestations et votre mécontentement. Je veux me joindre à votre combat car, comme vous le verrez, il y a aussi une grande distance qui me sépare de mon fils. Je travaille mais gagne peu et j'ai les même difficultés financières pour le visiter. Avec beaucoup de sacrifices, je ne peux lui rendre visite que le dimanche car je travaille tous les jours de la semaine et aussi le samedi et j'ai également d'autres obligations familiales avec mes autres enfants.

Au cas où vous n'auriez pas encore compris, je suis la mère du jeune que votre fils a assassiné cruellement dans la station service où il travaillait de nuit pour pouvoir payer ses études et aider sa famille. J'irai lui rendre visite dimanche prochain. Pendant que vous prendrez votre fils dans vos bras et que vous l'embrasserez, moi je déposerai quelques fleurs sur sa modeste tombe dans le cimetière de la ville. Ah, j'oubliais. vous pouvez être rassurée, l'état se charge de me retirer une partie de mon maigre salaire pour payer le nouveau matelas de votre fils puisqu'il a brûlé les 2 précédents dans la prison où il purge sa peine pour le crime odieux qu'il a commis. Pour terminer, toujours comme mère, je demande à tout le monde de faire circuler mon courrier, si intime qu'il soit. nous parviendrons ainsi peut-être à arrêter cette inversion des valeurs humaines.

 

11/12/2009

LA VIE ECARLATE

En 1953, Pierre GASCAR obtenait le prix Goncourt pour « Les bêtes », recueil de six nouvelles écrites dans une langue admirable qui donne à chacune d'elles cette  précision et cette justesse à défaut desquelles il serait impossible au lecteur de saisir toute la dimension tragique des situations. A lire ces textes, on est porté non seulement à la pitié, mais à la compassion ; on s'identifie bientôt à ce qu'il reste d'animal en nous, qui a trouvé refuge au fin fond de nos âmes, qui tremble, et se souvient des coups de bâton et des lames affûtées des couteaux... Par la magie du verbe, Pierre Gascar réveille notre part d'ombre : l'ancestralité totémique que nous avons oubliée. Et puisqu'il faut ajouter au poids de la cruauté celui du destin, parce qu'« il n'y a vraiment aucune raison pour que cela cesse », on peut penser avec l'auteur que rien ne sera jamais expié, aussi longtemps que fonctionneront les abattoirs, et que les bouchers continueront  à abreuver les légions des divinités courroucées assoiffées de sang. Ainsi des champs de bataille... Tant qu'il y aura des hommes qui tueront des moutons, il y aura des guerres ; c'est ce que me dit la dernière phrase de « La vie écarlate » que lance au ciel le jeune Olivier en s'enfuyant :

«  Mon Dieu, mon Dieu, faites qu'on ne tue jamais plus les moutons ! »

Le texte est dérangeant, d'abord par le théâtre de l'action : l'abattoir, et ce qui l'entoure ; ensuite par le personnage de Mourre, le boucher, dépourvu de tout sentiment, réifié non point en statue de pierre, mais en machine à tuer.

Dans cette logique il y a le monde du boucher et ce qui lui ressemble : la bouchère, ses pratiques et ses fournisseurs, et puis il y a les autres : les bêtes et le jeune apprenti poussé, mal grès qu'il en ait, entre les mains du « monstre »...

Le chemin que foule le jeune apprenti ne s'avance pas dans le « non-frayé », non, il mène à la mort ; ce qui fait dire à l'auteur :

« Il y a toujours un moment avant de mourir, où l'on entre dans un chemin de terre. » sans doute, parce que c'est le propre de l'homme (humus) venu de la terre, que d'y retourner par le même chemin...

En cela, la « Vie écarlate » est un texte du désespoir et ce n'est pas pour rien que le sang répandu y tient la première place ! et d'abord celui de l'agneau, symbole de l'innocence et de la douceur. On sait comment les religions ont arrangé la chose...

Le sang de l'agneau n'est pas sans m'évoquer celui de la première nouvelle du « Musée noir » de Pieyre de Mandiargues ; elle en porte d'ailleurs le titre. Le thème est celui de l'innocence bafouée ; comme dans la « Vie écarlate », le sang y tisse des liens secrets entre les protagonistes de l'histoire. D'un côté « Mourre », de l'autre « Pétrus » ; tous deux sont des saigneurs. Et il semble que l'un et l'autre n'exercent leur art qu'au seul profit de l'affranchissement de l'enfance de Marceline et de celle d'Olivier ; l'une y trouve le moyen de perpétrer sa vengeance et l'autre, les raisons de sa révolte.

On lit le « Sang de l'agneau » pour entendre Marceline Caïn «... raconter  une belle histoire au milieu de la nuit : une histoire de fourrure et de sang. », où le sien, par le moyen du viol commis par le boucher, y a sa part. On voit bien que le travail de Pétrus, ,qui est de « tirer le sang », n'existe que pour l'accomplissement du destin de Marceline : tuer ses géniteurs après s'être livrée au boucher. Les agneaux, dans cette nouvelle, ne sont là que prétexte à vêtir de leur toison de suif l' « Eros » de l'histoire. On ne les voit pas tuer, tout au plus, le viol a-t-il lieu sur leurs dépouilles sanglantes où, confusément, se mêle à leur sang celui de Marceline...

Il en va tout autrement, dans la « Vie écarlate » ; tout de suite, on sait à quoi s'attendre, et c'est dans cette banalité du quotidien de la tuerie où l'on n' hourdit aucun complot, à la différence de l'abattoir de Pétrus, que l'horreur atteint sa dimension :

« Sur la petite place, le boucher venait d'ouvrir les portes de l'abattoir. Il faut se méfier des grands mots, de celui-là surtout, qui vous ferait facilement courir le risque qu'on s'y écartèle. »

D'emblée, Olivier est confronté au spectacle de la mise à mort :

« Déjà le boucher entrait dans la remise en portant sur ses bras un agneau aux pattes liées. L'agneau bêlait, à peu près une fois tous les deux pas, la langue étonnamment enflée, la bouche sans menton et sans lèvres. Il tournait sans cesse sa tête à droite, à gauche et, dans le mécanisme stupide de sa frayeur, il posait alternativement sur le morne décor de la place le regard d'un œil très rond, très clair, frangé de blond où ma propre angoisse ne trouvait ni écho ni réponse. »...

« Le boucher entrait maintenant dans sa remise, portant toujours dans ses bras l'agneau rigide qu'il paraissait avoir volé dans un vitrail. Sans perdre, une seule seconde, son air pensif, il le couchait sur un banc : un de ces bancs d'abattoir au bois épais graissé par l'usage, aux pieds largement écartés, qui étaient tournés vers la porte et auxquels il ne manquait que la tête pour que s'établit tout à fait l'idée d'une immense complicité. Il retroussait l'oreille de l'agneau, à pleine main, avec un geste de coupeur d'herbes, et lui perçait le cou. »...

« Le couteau ressorti, l'agneau retardait son sang pendant quelques secondes et, la main posée sur son flanc, je le sentais tout tremblant à l'intérieur, exactement comme moi lorsque je me retenais de pleurer, raidi par l'effet d'une rétention sans espoir qui jetait chaque seconde de la vie dans une silencieuse panique. »

 

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A l'égorgement de l' agneau succède celui du veau : assommé à coup de merlin et vidé par la jugulaire de son sang, le veau, pendu par la patte, « se raidissait convulsivement et, l'œil voilé, bavant, essayait de redresser pour un dernier mugissement son mufle déjà humide des noirs abreuvoirs de la mort : le sang coulait dans le baquet. ».

 

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Puis c'est au tour du bœuf, dont on sait qu'il existe des amateurs pour boire le sang, qui si tôt, refroidit.  Mourre invite Olivier à le faire : « Tu sais, ça te ferait du bien, me dit le boucher.

Je le regardais avec horreur. »...

«  Il commençait d'apparaître que je m'étais laissé prendre à une immense duperie et qu'au fond de la maison rouge, on compterait, à partir d'aujourd'hui, un mouton de plus... »

Mais l'apprenti supporte en dépit des remords qui le rongent, la tâche qui est la sienne d'aider le boucher. Résigné, il le fait jusqu'à ce que Mourre contraint par les autorités d'abattre son bétail dans les nouveaux locaux municipaux, ne se décide à y procéder clandestinement, de nuit, à la lueur des phares de sa camionnette...

« Les phares s'éteignaient tout à fait. Je m'étais mis à trembler avec ma patte de mouton dans la main, ma patte qui ne tirait même pas à elle. Alors, je ne sais pourquoi, toutes les bêtes ensemble se mirent à pleurer. »...

Ainsi s'achève la narration, par la course éperdue du jeune garçon qui s'enfuit « au bout de la nuit », en criant dans le noir : « Mon Dieu, mon Dieu, faites qu'on ne tue jamais plus les moutons ! ».

Quand j'ai découvert ce texte, il a soulevé en moi le souvenir douloureux d'une bétaillère portant sa cargaison de vaches à l'abattoir. De longues traînées sanglantes, maculaient le côté de la remorque,  où une bête s'était pris une corne dans les grilles d'une ouverture... Je me souviens aussi du passage d'un camion rouge sur lequel on avait peint en lettres blanches : « Boucherie hyppophagique ». Comment ne pas trembler d'effroi, à l'énoncé de ce seul nom ? qui me remet en mémoire un passage de la « Complainte d'un malandrin » :

« Devant l'enseigne d'une boucherie de campagne je pense aux chevaux morts mes camarades... ».

 

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Et si l'on veut avoir une idée de la grande tragédie des chevaux de traits venus de Pologne ou d'ailleurs, pour finir sous la dent des hyppophages, on trouvera sur le net de quoi faire de vilains cauchemars, s'il reste encore un peu d'amour en soi. De la même façon, on passera en revues les photos anciennes qui ne manquent pas, des abattoirs de Vaugirard  et d'ailleurs; et si on a le cœur de les regarder en face, on ajoutera celles des affidés de l'abattage rituel, pour savoir comment ils procèdent dans leur spécialité : on verra qu'ils n'ont pas grand-chose à envier aux matadors, en raffinements de cruauté ! Qu'il se trouve des gens pour exercer ces basses œuvres, n'a rien de surprenant dans ce monde approximatif ; ils ont le goût du sang comme d'autres l'ont du rhum ou de l'opium. Ce point commun en fait une grande famille qui besogne large ! et pas seulement dans les abattoirs :

« Je suis boucher, boucher de chair humaine... » (Général Huché, « pacificateur » de la Vendée en 1793)

Ce serait pourtant facile si on pouvait les reconnaître de loin, on se méfierait ! de près, ils portent dans le regard quelque chose qui ne ment pas, mais il est trop tard...

 

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Photo d'André Abegg (1967)

Je me souviens d'une photo intitulée « Slaughterhouse », sur laquelle on voit deux tueurs plantés sur le seuil de l'abattoir, vêtus de grands tabliers tachés de sang et bottés de caoutchouc, tenir entre eux, chacun par une patte de devant  une brebis redressée, comme s'il s'agissait, ni plus ni moins, que de leur petite sœur. L'image est atroce non seulement par le regard et le rictus des tueurs, mais par celui de la victime désemparée, qui porte en elle toutes les souffrances d'une lignée dont le destin est de finir sous le fil des couteaux à saigner. Ainsi naissent les hommes, ainsi finissent les agneaux.

 

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crédit photo:"Grains&Pixels"

 

Les abattoirs La Mouche à la tombée du jour... Drôle de nom qu'on associe de suite aux mouches à viande corsetées de bleu métallescent. Je les vois sous un ciel d'orage que mangent les redents de l'immense halle Tony Garnier. Il monte de là-dedans des bêlements et des meuglements sans fin, c'est le signe ! De tous les abattoirs des grandes villes et des campagnes les plus reculées les bêtes se répondent, de concert, c'est un roulement sans fin, comme roulent les nuages de plomb dans le ciel noir. On dirait que la nuit va être terrible. Serait-ce les temps du grand changement qui s'annoncent ?

 




 

"LE SANG DES BETES", le film très dur de Georges FRANJU est visible ICI.