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16/04/2010

BULLETIN CELINIEN

 

Bulletin célinien N° 318
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« Ce que la mort a scellé l'est pour toujours. C'est même le seul lien qui tienne. »

En couverture de ce 318ème numéro, nous voyons le haut d'un visage qui n'aboiera plus, celui de Céline sur son lit de mort... L'ermite de la Route des Gardes s'est tu définitivement le 1er juillet 1961, vers 18 heures... Rappelons-nous le début de « Mort à Crédit » : « Nous voici encore seuls. Tout cela est si lent, si lourd, si triste... Bientôt je serai vieux. Et ce sera enfin fini. »

Celui qui faisait partie des persécutés qu'évoque Chamfort dans l'une de ses maximes ( « En France , on laisse en repos ceux qui mettent le feu et on persécute ceux qui sonnent le tocsin. » ) repose, comme endormi sur de la neige, dans la pénombre d'une pièce de la villa Maïtou...

Il n'y en avait guère, de neige, en ce premier juillet caniculaire de la mort de Céline, et l' article du bulletin qui nous décrit les dernières heures de sa vie, nous montre l'écrivain au bout de son voyage chercher la nuit, « sous la pierre de sa maison, brûlante comme la Casbah. Il ne supporte plus le soleil, sortant au crépuscule : « Je vais aux commissions. » Il rapporte la viande des bêtes, marcheur qui a perdu son ombre. Les gens de Meudon en le croisant auraient pu dire, comme les habitants de Vérone au sujet de Dante : « Eccovi l'uom ch'è stato all inferno » (Voyez l'homme qui a été en enfer). »

Du 25 ter de la route des Gardes à celle de Vaugirard, la ruelle aux bœufs a gardé l'ombre perdue de celui qui, tous les jours, se rendait aux « commissions », comme il disait. On l'imagine remontant les escaliers, traînant péniblement le sac lourd de  provisions pour les bêtes...

 

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Bas-Meudon, ruelle aux boeufs (source: topic-topos patrimoine-héritage)

 

« Je te dis que je vais crever ! » répète Céline... Chaleur étouffante dès le matin de ce samedi 1er juillet. Lucette, levée à six heures, trouve Louis à la cave, à la recherche d'un peu de fraîcheur, l'air absent »

Les vieux chats se cachent pour mourir, et la plupart des bêtes d'ailleurs, qui ont gardé l'instinct ; venues seules au monde, elles partiront seules. Lui, savait ça, pas de spectacle, pas de visiteurs ! Rien à voir ! Rideau ; la farce est jouée ! et surtout, pas de médecin au chevet... Qu'on en finisse aurait-il dit... une fois pour toutes !

Les animaux qui peuplent l'arche veuve de son nautonier se sont tus, fidèles entre tous : « Il n'y a plus un aboiement, les chats sont invisibles, cachés, il n'y a plus un pépiement d'oiseaux. Toto le perroquet ne parle plus... Il va rester des mois sans parler... »

Après l'avoir veillé, les fidèles et amis de toujours l'accompagnèrent au cimetière des Longs Réages de Meudon où, désormais, il repose. Un voilier est gravé sur la pierre tombale lestée de petits cailloux anonymes, qui sont autant de pommes d'or au jardin des Hespérides. Louis Ferdinand Destouches, dit Céline, est entré dans l'Histoire de la littérature par la grande porte, n'en déplaise à ses détracteurs ; beaucoup n'y rentreront que par les coulisses et la plupart, n'y laisseront aucunes traces.

Le 5 juillet 1961, Kléber HAEDENS rendait hommage à l'écrivain dans un article reproduit dans le présent bulletin : « Ce qui maintenant commence ». Il s'indignait déjà de l'ostracisme dont l'auteur du Voyage faisait déjà l'objet de la part des pouvoirs publics : « On a voulu faire taire Céline et tout récemment encore, une émission préparée par la Télévision française a été interdite à la suite d'on ne sait trop quelles protestations médiocres. Mais voici qui est admirable. Toutes les puissances du jour se liguent contre l'homme seul qui se tient encore debout, un peu par miracle, le dos au mur de sa maison, entre sa femme, ses paperasses, ses clochards et ses chiens. » Et il concluait par cet éloge que n'aurait pas désavoué le philosophe de Sils Maria :  « Le docteur Destouches a donc terminé son voyage au bout de son étrange nuit. Pour Céline et pour son œuvre, ce qui maintenant commence porte un très beau nom, disait Giraudoux, cela s'appelle l'aurore, une de ces aurores qui s'ouvrent désormais pour l'éternité. »

François MARCHETTI nous propose un ultime témoignage de Bente Karild qui avait connu Céline au Danemark ; elle y fait part de la sollicitude de l'écrivain envers elle, dès le moment où il avait perçu son chagrin et son angoisse à la suite d'une cruelle douleur affective. On regrettera que Bente Karild, n'ait pas conservé, à l'instar de nombreux autres correspondants, les lettres que lui avait adressées l'écrivain.

Enfin, c'est avec plaisir que nous découvrons dans ce même bulletin la contribution de Claude Duneton, l'auteur de Bal à Korsör, paru chez Grasset en 1994, à travers une note portant sur Céline et la langue populaire : « Céline n'a pas inventé la langue populaire, c'est plutôt le langage populaire qui l'a inventé lui... ». Sans doute pourrait-on dire la même chose de Bruant. Céline, nourri des classiques, a compris l'usage qu'il pouvait faire de la langue populaire et le parti qu'il pouvait en tirer : ourdir un texte en trois dimensions. Dans cette perspective, reconnaissons qu'il y a dans l'œuvre célinienne, plus d'un point commun avec celle de Praxitèle : il suffit d'être en leur présence pour les reconnaître.

 

 

 

26/03/2010

BULLETIN CELINIEN

Bulletin célinien n° 317

 

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C'est un numéro consacré pour l'essentiel à la « correspondance » récemment publiée dans la Pléiade, et à Albert Paraz, que nous propose Marc LAUDELOUT pour cette 317 ème livraison du bulletin.

Outre l'article fouillé d'Etienne NIVELLEAU, repris ici et déjà publié dans Rivarol (12 février 2010) dans lequel l'auteur regrette l'absence de quelques lettres qui auraient mérité de trouver place parmi les douze cents retenues par l'éditeur, on lira avec intérêt celui de Robert LE BLANC qui rétablit quelques vérités, et non des moindres !

S'il faut n'en citer qu'une, nous nous arrêterons à celle relevée par Robert Le Blanc dans l'édition, chez Gallimard, des « Lettres à la NRF » :  Déjà, en 1991, une note stupéfiante m'avait arrêté dans les Lettres à la NRF, plus précisément la lettre à Nimier du 13 mars 1957 (lettre non reprise en Pléiade), où Céline écrit : « Rilke, Faulkner, Passos : extases ! extases ! Là Aury se donne, et Paulhan ! voilà les genres reconnus par la NRF ! pour eux Gaston y va de ses 500 sacs par mois ! Quand je dis qu'il sabote ses auteurs je ne dis rien que d'évident ! aucune publicité et le silence absolu de son propre torchon ! il fait ainsi plaisir je l'admets à Marcel et jean dont les œuvres complètes en papier-cul trouveraient à peine amateurs dans les wc périphériques... »

Tout le monde a reconnu en Marcel et Jean les directeurs de La Nouvelle NRF (ce « torchon » !), Arland et Paulhan, qui n'étaient pas des auteurs à grand tirage. Tout le monde, sauf l'annotateur de service (Pascal Fouché), qui explique doctement dans une note de cinq lignes : « Il peut s'agir de Marcel Aymé, ou de Marcel Pagnol ; pour Jean on peut penser à Genet ou à Giono ! »...

On se demande en effet comment le dit annotateur a pu supposer qu'en Marcel, Céline visait Marcel Aymé, fidèle ami de l'ermite de Meudon. Merci à Robert Le Blanc d'avoir relevé cette bévue et de terminer sa note par cette conclusion bien d'actualité :

Céline plaçait plutôt son idéal artistique dans les siècles passés : les moralistes du XVIIème, Villon, et Du Bellay pour la poésie, et... quelques compositeurs sur instruments anciens. Ceux-ci, il les évoque dans une lettre d'avril 1948, qu'il convient de verser au débat sur l'identité nationale :

« Les Français ? je suis un des très rares imbéciles à avoir tout perdu (...) pour qu'on épargne, préserve, perpétue leur sale race dégénérée. Je ne le fais pas pour eux. Je le fais pour Couperin, pour Claude Gervaise, pour Clément Jannequin ! »

Dans sa note intitulée : « Albert Paraz, l'homme-orchestre », Pierre LALANNE évoque ce mal aimé de la littérature qui ne doit d'être connu par beaucoup de céliniens, que par le fait d'avoir publié dans trois de ses livres : « Le Gala des Vaches », « Valsez saucisses » et « Le Menuet du Haricot », des souvenirs de Céline et quelques unes de ses lettres. On a reproché à Paraz de s'être fait par là une publicité facile, c'était mal le connaître et comme l'explique Pierre Lalanne, douter d'une amitié sans faille et d'une admiration sans bornes ; il le dit « un homme d'une sincérité arbitraire et sans concessions pour la connerie humaine », possédant  « un sens inné pour l'équité où, dans son esprit, le faible et le persécuté ont droit à toute sa considération, son énergie et sa défense inconditionnelle ». On lira donc avec d'autant plus de profit, les « Lettres à Albert Paraz », renfermant la correspondance de 1947 à 1957, complément indispensable au gros volume de la Pléiade. Cette publication est analysée en fin de bulletin par P-L MOUDENC.

On trouvera enfin, dans ce même numéro, deux des photos prises par Michel BERNARD en juin 1956 à Meudon, qui nous montrent l'ermite de la Villa Maïtou, en compagnie de son ami Paraz.

 

 

 

19/12/2009

BULLETIN CELINIEN

Bulletin Célinien N° 314

 

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Trois cent quatorzième livraison du « Bulletin célinien » et dernière de l'année. L'éditorialiste y présente le cinquième volume de la Pléiade consacrant l'œuvre de celui qui n'aura pas connu la joie de figurer de son vivant au rang des élus du « panthéon » de la littérature. Aurait-il imaginé seulement qu'une partie de sa volumineuse correspondance puisse un jour y trouver place ?  Etablie par Henri Godard et Jean-Paul Louis, l'édition de ce choix de lettres qui se suivent en raison de la chronologie, constitue un volumineux pavé de plus de 2000 pages. A le parcourir, on voit bien que l'écrivain n'a qu'une façon de s'exprimer et c'est ce qui fait la force de son style ; c'est ce que rapporte un critique du « Point » cité par Marc Laudelout à la faveur de sa présentation :

« L'épistolier est aussi saisissant, énorme, inventif, farouche que l'écrivain qu'on connaît. Il n'a pas deux écritures ni deux encres. »

Et c'est par là que les pamphlets (ou  satires) relèvent pleinement de leur auteur ; ils sont travaillés à la manière du reste, ce en quoi ils en font partie de l'oeuvre, quoi qu'on en pense. Cela étant, la probabilité pour qu'on les trouve un jour dans un sixième volume de la Pléiade équivaut à peu près, à celle qui consisterait à vouloir dénicher, mettons en dix secondes, une aiguille dans une botte de foin...

Dans ce même bulletin, présentation est faite par son auteur, Véronique Robert-Chovin, de l'ouvrage intitulé « Devenir Céline. Lettres inédites de Louis Destouches et de quelques autres, 1912-1919 », paru chez Gallimard en octobre 2009. Au travers de cette correspondance, qu'on ne trouve pas toute entière dans le cinquième volume de la Pléiade, le héros, dixit l'auteur « est comparable à certaines apparitions. Il n'est pas décrit, il apparaît, se dégage lentement de la nuit, se révèle à travers les voix de celles et ceux qui ont été là à ce moment, qui s'expriment en même temps que lui, que Céline peut s'animer et reprendre vie. » Véronique Robert-Chovin nous explique que cette correspondance lui a été remise par Lucette Destouches et nous fait part de son émotion lorsqu'elle ouvrit cette « boîte en carton un peu abîmée et poussiéreuse qui contenait un trésor. Toutes les lettres étaient là, réunies par correspondant dans de grandes enveloppes. » C'est assurément un pan, et non des moindres, de l'aventure célinienne qui nous manquait, tant il est vrai que tout se trame dès la jeunesse... Rappelons-nous Céline lui-même qui le savait bien, qui nous le dit dans « Guignol's Band » :

« On est parti dans la vie avec les conseils des parents. Ils n'ont pas tenu devant l'existence. On est tombé dans des salades qu'étaient plus affreuses l'une que l'autre. On est sorti comme on a pu de ces conflagrations funestes, plutôt de traviole, tout crabe baveux, à reculons, pattes en moins...

... On parle souvent des illusions qu'elles perdent la jeunesse. On l'a perdue sans illusions la jeunesse !... Encore des histoires !... »

Suit une note du Dr. Destouches, retrouvée par Henri Thyssens, sur « Une petite thérapeutique des acouphènes par le son et par transmission osseuse » parue en 1923, au temps ou Destouches n'était pas encore Céline. Pas grand-chose de commun avec ce que nous connaissons de ce dernier sauf peut-être, le rapprochement que s'amuse à faire Henri Thyssens de cette invention,  avec celles qui sortaient du cerveau prolifique d'Henry de Graffigny, le Courtial de Mort à crédit.

Nous retiendrons enfin, outre la fin de l'étude du Dr Bergougnan qui applique à Céline cette remarque de Laurence Durell, d'être « un homme torturé, au-delà de ce qu'il est humainement possible de supporter, par le manque de tendresse dans le monde. », deux lettres intéressantes d'admiratrices de l'œuvre et de l'homme. L'une adressée à Céline en 1949 par Lilika Nakos, romancière et journaliste grecque, l'autre, envoyée le 6 novembre 1984 à François Marchetti par Astrid Detlefsen, danoise attachée au service de Mikkelsen, avocat de Céline. Dans ce courrier où elle explique à François Marchetti qu'elle n'a rencontré qu 'une fois « le génial écrivain à l'esprit partagé : chevaleresque, souriant, vêtu d'un veston de velours bleu », Astrid Detlefsen nous fait part surtout des relations de sa sœur qui elle, avait rencontré Céline à plusieurs reprises ; il en ressort ce que nous savons déjà du comportement de Céline, généralement fait de délicatesse et de prévenance, avec les femmes qu'il appréciait.

Enfin, pour les amateurs et les bibliophiles, Claude Haenggli signale l'ouverture d'une librairie célinienne à Saint-Rémy de Provence, qu'on peut visiter au 4 de la rue Carnot. Contact Jean-Simon Mandeau (voyageauboutdelanuit@orange.fr)

 

LE BULLETIN CELINIEN, périodique mensuel, abonnement B.P.70, B 1000 Bruxelles 22. ( L'abonnement coûte 48 euros)