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12/12/2011

12 DECEMBRE 1821

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Le 12 décembre 1821, naissance à Rouen de Gustave FLAUBERT, l'immortel auteur de Madame Bovary et de l'Education sentimentale. Voici, en hommage à ce maître des Lettres française un extrait de "Bouvard et Pécuchet", oeuvre inachevée publiée en 1881 et dont le projet remonterait à 1872 (correspondance de Flaubert à Georges Sand).

On saluera au passage le talentueux Jean-Pierre Marielle et la mémoire du regretté Jean Carmet, tout aussi talentueux.


 

 

30/11/2011

30 NOVEMBRE 1667

Naissance de Jonathan SWIFT à Dublin

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Tableau de Thomas Pooley

Connu principalement pour les « Voyages de Gulliver » qu’il publie en 1726, le doyen SWIFT l’est également pour le « Conte du Tonneau » qui lui vaudra l’inimitié de la reine Anne. Car Swift n’a pas la langue dans sa poche, satiriste, pamphlétaire et moraliste, on connaît ses « Pensées sur divers sujets moraux et divertissants » (1706). La première donne le ton :

 "Nous avons juste assez de religion pour nous haïr, mais pas assez pour nous aimer les uns les autres." 

Voici un extrait de sa Conclusion au Conte du Tonneau, elle concerne les écrivains :

« J’ai un mot à dire au sujet des auteurs profonds qui sont devenus si nombreux ces derniers temps, et je sens d’ailleurs que le public, toujours judicieux, est bien décidé à me compter dans leur groupe. Il m’est donc venu à l’idée, à propos de cette question de profondeur, qu’il en était des auteurs comme des puits. Tout homme qui a de bons yeux voit jusqu’où va le plus profond d’entre eux, à condition qu’il s’y trouve de l’eau, mais souvent, quand il n’y a vraiment rien d’autre au fond que de la terre sèche et de la saleté, même si le puits s’arrête à un yard et demi du sol, il passera pour un abîme insondable, simplement parce qu’il est terriblement obscur.

Je suis en ce moment en train d’expérimenter un procédé très fréquent parmi nos auteurs modernes et qui consiste à écrire sur Rien. Quand le sujet est complètement épuisé, on laisse courir sa plume, cette plume que certains appellent le fantôme de l’Inspiration, car elle aime à se promener une fois que le corps est mort. Et à dire vrai, je crois qu’il n’y a rien au monde de moins bien partagé que la conscience du moment où il faut dire : « J’ai fini ». Pendant que l’auteur écrivait son livre, lui et ses lecteurs ont eu tout le temps de devenir amis et il leur est devenu dur de se séparer. De sorte que j’ai constaté quelquefois qu’il en était de la fin d’un volume comme de celle des visites, où les cérémonies qu’on fait pour prendre congé durent aussi longtemps que la conversation qui les a précédées. La conclusion d’un traité ressemble à celle de la vie humaine, qui a été quelquefois comparée à la fin d’un festin, d’où bien rares sont ceux qui se réjouissent de sortir « comme le convive repu de la vie », dit Lucrèce. Car les hommes aiment à demeurer assis, une fois le repas fini, ne fût-ce que pour somnoler et même dormir profondément tout le reste du jour. Mais, sur ce dernier point, je diffère entièrement des autres auteurs, et je serais très fier de moi, si je pouvais d’une manière ou d’une autre contribuer au repos de l’Humanité, surtout à une époque aussi trouble et agitée que la nôtre. »

Entrée au Panthéon des lettres en 1965, l’œuvre de Jonathan Swift ne couvre pas moins de 1600 pages dans la Pléiade. C’est en parcourant ses écrits, et notamment le « Journal manuscrit à Stella », les « Lettres du drapier » et les « Petits écrits en prose » (dont on retient surtout la « Modeste proposition concernant les enfants des classes pauvres » qu’il conseille ni plus ni moins que de manger), qu’on découvre Swift. Au travers du provocateur, l’homme de finesse qu’il fut n’a cessé de s’observer, s’employant à dénoncer les défauts qu’il avait en partage avec ceux qui faisaient l’objet de ses diatribes.

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On retiendra cet extrait de la belle préface qu’Emile Pons rédigea en 1963 pour l’édition de ses œuvres en Pléiade :

« Comme membre du clergé, il avait prêché contre les trois concupiscences : de l’argent, de la chair, et de l’orgueil. Comme moraliste, il avait redit qu’il les voyait triompher chez les hommes. Comme personnage de légende, il devait les avoir vaincues toutes trois. On est étonné de voir le nombre de ses dupes. En vérité, Swift a aimé l’argent, il a aimé la gloire, et il a aimé les femmes ; mais comme il ne s’aimait pas lui-même, il a écrit toute sa vie pour fustiger ses penchants. Cela devait d’autant mieux abuser ses biographes, qu’en marge de son œuvre littéraire, il a laissé quelques pièces de complaisance destinées à montrer combien il était désintéressé, méritant et chaste. »

19/08/2011

19 AOUT 1924

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19 août 1924, décès de Joseph-Ferdinand CHEVAL, plus connu sous le nom de « Facteur Cheval ».

10 mille journées.

93 mille heures.

33 ans d’épreuves.

C’est le temps qu’il aura fallu à Ferdinand CHEVAL pour édifier son « Palais Idéal », œuvre de toute une vie : « Plus opiniâtre que moi se mette à l’œuvre. » a-t-il écrit en façade Est du monument pour consacrer ce travail surhumain. Car il s’agit bien de cela : 3500 sacs de chaux et ciment gâchés à la seule force du poignet, 1000 mètres cubes de maçonnerie et des tonnes de cailloux acheminés d’abord à dos d’homme sur des distances pouvant excéder 15 kilomètres et plus, charriés ensuite avec l’aide de la fidèle compagne de peine, sa brouette. Des centaines de milliers de kilomètres avalés en 33 années de labeur sans trêve ni repos, à seules fins de faire jaillir le rêve dans la réalité. Pari gagné au prix d’une vie, celle d’un homme simple de vieille race, solide et noueuse comme le bois d’un vieux chêne, fidèle et généreuse comme la terre, d’où il tira sans se lasser, jour et nuit, la matière première de son oeuvre.

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Dans sa lettre autobiographique du 15 mars 1905, avant de nous raconter son « étrange histoire », Ferdinand Cheval se présente:

« Fils de paysan, paysan, je veux vivre et mourir pour prouver que dans ma catégorie il y a aussi des hommes de génie et d’énergie. Vingt-neuf ans je suis resté facteur rural.

Le travail fait ma gloire et l’honneur mon seul bonheur ; à présent, voici mon étrange histoire. Où le songe est devenu, quarante ans après, une réalité… »

Cette histoire, il l’a déjà exposée à l’archiviste départemental André Lacroix dans un courrier non daté rédigé probablement à l’automne 1897. C’est en faisant sa tournée de facteur rural, un jour d’avril 1879 que tout commença…

Son pied bute sur un cailloux du chemin, quelques lieues avant d’arriver à Tersanne :

« Je fus très surpris de voir que j’avais fait sortir de terre une espèce de pierre à la forme si bizarre, à la fois si pittoresque que je regardais autour de moi. Je vis qu’elle n’était pas seule. Je la pris et l’enveloppais dans mon mouchoir de poche et je l’apportais soigneusement avec moi me promettant bien de profiter des moments que mon service me laisserait libres pour en faire une provision. »

Dans la lettre du 15 mars 1905, plus détaillée, il donne des précisions sur cette découverte propitiatoire : « C’est une pierre molasse, travaillée par les eaux et endurcie par la force des temps, elle devient aussi dure que les cailloux. Elle présente une sculpture aussi bizarre qu’il est impossible à l’homme de l’imiter : elle représente toutes espèces d’animaux, toutes espèces de caricatures.

Je me suis dit : puisque la nature veut faire la sculpture, moi, je ferai la maçonnerie et l’architecture.

Voici mon rêve. A l’œuvre, me suis-je dit. »

Alors commence le « travail d’un seul homme », « travail de géants ». Et c’est au prix d’efforts qu’on a peine à imaginer, que ce petit homme sec et déterminé, jour après jour, nuit après nuit, sans se lasser jamais ni céder à la fatigue, creuse la terre pour y façonner les « tombeaux » au-dessus desquels il empile pierres sur pierres, maçonnées dans des circonvolutions et des arabesques qui défient les lois de la pesanteur.

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On comprend, quand on se trouve en face du Palais, qu’il s’agit là d’une quête, symbole d’éternité. C’est une sculpture ; et il l’a dit « si bizarre qu’on croit vivre dans un rêve »… Elle lui vient d’un songe qu’il polit dans sa tête sur le chemin à la faveur de ses tournées de facteur.  A compter du jour où il se met à poser la première pierre de son « Temple de la Nature », il n’a de cesse, lui sacrifiant ses nuits (il ne dormait que deux à trois heures, travaillant le reste du temps à la lueur d’une lanterne), d’y ajouter quelque chose de nouveau, souvenir d’école ou de lectures dont il a retenu ce qui l’a frappé.

C’est ainsi qu’on y trouve les figures tutélaires de César Vercingétorix et Archimède sous la forme de trois géants, Veleda la Druidesse, les quatre évangélistes, des pèlerins, des anges, un petit génie, les bergers des Landes, les allégories de la Mort et de l’Abondance ; puis des animaux tels qu’autruches, flamands, oies, aigles, hirondelles,  pélicans, la loutre et le guépard, le cerf, la biche, le petit faon, un crocodile, des pieuvres … Tous disposés dans des façons de grottes et de niches.

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A ces figures il faut ajouter les monuments miniaturisés que sont les tombeaux druide, égyptien et romain, le temple hindou et celui de la nature, la grotte de la Vierge Marie et celle de Saint Amédée, le chalet suisse, la Maison Blanche, la Maison carrée d’Alger, la mosquée arabe, un château au Moyen-âge.

Cela tient de l’Arche de Noé et de la foire exposition ou plutôt, comme on en voyait au temps du facteur, d’une exposition coloniale.

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Tout s’y mêle, du paganisme à la chrétienté dans une convivialité bonhomme. C’est un panorama du monde en raccourci qui nous livre la sensibilité de son auteur, l’intérêt qu’il portait aux « temps primitifs », aux « figures d’antiquité », aux fossiles et son amour de la nature. Qu’il entre de la naïveté dans cette démarche, au même titre que dans celle du douanier Rousseau, c’est l’évidence, elle est vraie, et c’est par là qu’elle nous charme. C’est d’ailleurs ce qu’enseigne l’étymologie la plus ancienne de naïf: « ce qui n’a pas subi d’altération, véritable, réel, qui imite le naturel ».

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Nul procédé, tout paraît couler spontanément de la source des dieux ; on circule en ce mystère par des labyrinthes, des galeries, dans le clair obscur. On le domine, en se promenant sur une grande terrasse d’une longueur de 23 mètres construite au-dessus de ce que le facteur appelait ses hécatombes ; à partir de là on peut monter par des escaliers, d’un côté, à la tour de barbarie, de l’autre, au sommet d’un petit génie qui éclaire le monde.

L’œuvre est décorée de coquillages, de feuillages et d’entrelacs façonnés à la truelle dans le ciment ; fruits, guirlandes, rochers, cascades, rocailles, partout se disputent la place, sauf en façade Sud, plus dépouillée, surmontée d’une coupole et de deux aloès :  « En dessous, c’est mon musée antédiluvien où j’enferme mes silex et les pierres diluviennes. Ces deux façades sud-ouest m’ont coûté encore six ans de travail.

Espérance, patience, persévérance : j’ai tout bravé, le temps, la critique et les années. »

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Oui, cet homme a tout bravé et il le dit et le répète dans ses lettres et les sentences peintes d’une main appliquée là où il restait de la place à exploiter :

—   ­Heureux l’homme libre, / Brave et travailleur, / Le rêve d’un paysan. 

— A cœur vaillant rien d’impossible.

—   L’hiver comme l’été, / Nuit et jour j’ai marché, / J’ai parcouru la plaine et le coteau, / De même que le ruisseau / Pour apporter la pierre dure / Ciselée par la Nature. / C’est mon dos qui a payé l’écot. / J’ai tout bravé, même la mort.

—   Ton Palais, né d’un rêve, / Nous, tes outils, compagnons / Et témoins de tes peines / De siècles en siècles, / Nous dirons aux générations nouvelles, / Que toi seul a bâti ce temple de merveilles.

—   Le soir a la nuit close, / Quand le genre humain repose, / Je travaille à mon palais / De mes peines nul ne saura jamais.

—   1882. Sur la route de la vie, / J’ai lutté avec courage seul / Dans le travail j’ai trouvé la vraie gloire.

—   Ce monument est l’œuvre d’un paysan.

—   Rappelle-toi que vouloir, c’est pouvoir.

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—   Aide-toi, le ciel t’aidera.

—   Au champ du labeur / J’attends mon vainqueur.

—   En créant ce rocher, / J’ai voulu prouver ce que peut la volonté.

—   Ma volonté a été aussi forte que ce rocher.

—   En cherchant j’ai trouvé. / Quarante ans j’ai pioché, / Pour faire jaillir de terre ce palais de fées. / Pour mon idée, mon corps a tout bravé, / Le temps, la critique, les années. / La vie est un rapide coursier, / Ma pensée vivra avec ce rocher.

—   Tout ce que tu vois, passant, / Est l’œuvre d’un paysan.

—   Travail d’un seul homme.

—   Travail de géants.

 

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Ferdinand Cheval, petit homme chétif exempté de service militaire, soutenu par la foi du charbonnier, remplit sa mission en répétant qu’il est un paysan, un homme qui s’occupe des travaux de la terre. Ce mot revient dans ses sentences, comme reviennent « volonté », « peine », « bravoure ». Il s’est lancé un défi, il l’a gagné, fier de son œuvre il écrit en 1903 sur la façade Ouest : « Le travail fut ma seule gloire, L’honneur mon seul bonheur. »

Trente-trois années de labeur auront été nécessaires pour élever ce monument d’exception. En 1912 le facteur pose sa dernière pierre… En dépit du souhait qui était le sien d’y reposer après sa mort, l’administration lui refuse l’autorisation d’inhumation. Aussi, sans se décourager, en 1914, alors que l’Europe s’enflamme, Cheval reprend la truelle et sa brouette pour édifier au-dessus du tombeau familial d’Hauterives un mausolée digne de lui : « Le Tombeau du silence et du repos sans fin ». Comme le Palais, il le bâtit de galets, de rocailles et de coquillages. Il n’a pas du aller les chercher bien loin ses galets, sinon dans le lit de la Galaure qui coule derrière l’enclos des morts. Il consacre encore huit années de sa vie pour mener à bien cette entreprise. Il n’était que temps ! Le 19 août 1924, après quatre-vingt-huit années d’une vie sans reproche, Ferdinand Cheval s’éteint à Hauterives chez sa belle-fille, maison Cheval (tissus).

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Voici ce qu’il disait du tombeau dans son cahier de 1911 :

« Ce tombeau se trouve à un petit kilomètre du village d’Hauterives.

Son genre de travail le rend très original, à peu près unique au monde, en réalité c’est l’originalité qui fait sa beauté.

Grand nombre de visiteurs vont ainsi lui rendre visite après avoir vu mon « Palais de rêves » et retournent dans leur pays émerveillés en racontant à leurs amis que ce n’est pas un conte de fée, que c’est la vraie réalité. Il faut le voir pour le croire. C’est aussi pour l’Eternité que j’ai voulu venir me reposer au champ de l’Egalité.

Dieu—Patrie—Travail. »

Avant de quitter ce monde et de passer à la postérité, Cheval avait eu soins, n’ayant plus besoin d’elle, de réserver à sa brouette la place d’honneur qu’elle méritait dans le Palais Idéal au pied des trois Géants, dans une niche en façon de tombeau, prévue à cet effet.

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Elle aussi dort d’un repos bien mérité, avec les outils, derrière sa grille. A la détailler, on devine sur le bois du fond, tracé de la même main que les sentences cette dédicace : « A ma compagne de peine ». Elle fait écho à ce qu’on peut lire au-dessus de la niche :

—   « Je suis la fidèle compagne / Du travailleur intelligent / Qui chaque jour dans la          campagne / Cherchait son petit contingent. »

—   « Moi, sa brouette, j’ai eu cet honneur / D’avoir été 27 ans sa compagne de labeur. »

Qui saurait mieux dire que la brouette de l’artiste, sinon ceux qui l’ont connu ? Et parmi eux Mme Julia Achard, enregistrée en 1978 par Jean-Pierre Jouve, Claude et Clovis Prévost :

« Le père Cheval avait fait exprès un banc pour ses lapins : ses lapins sautaient sur le banc, ils étaient assis. (…) Dans la maison sur le rayon sous la fenêtre là y avait son bol pour boire son vin, fallait pas le lui laver, il buvait toujours dans ce bol, il avait une petite bouteille d’eau-de-vie pour se laver la figure tous les jours de la semaine. Le dimanche il se lavait avec du savon, et son torchon était toujours accroché derrière.

(…) Les arbres armés, ils se dégradaient déjà, il était ennuyé, il disait « Faut que je les refasse parce qu’ils vont dégringoler. » (…) Pauvre père Cheval, il était bien gentil (…) Il avait toujours les doigts qui lui saignaient avec ce ciment, il m’appelait pour lui empâter les doigts…

Cheval, il était comme moi, il aimait la solitude. (…) Il ne parlait pas politique. Il était pas fier mais sérieux. Il n’était pas gros le pauvre ni grand, mais il travaillait tellement ! Il ne savait pas se reposer… Il était récalcitrant : il était là qui approfondissait toujours. Il raffinait, il avait toujours son couteau. Il agrandissait pas, il améliorait. »

Narration quasi célinienne, d’où il ressort que le facteur était un raffiné, un perfectionniste, un homme qui revenait sans cesse sur l’ouvrage, à le polir comme un galet et conséquemment à se polir lui-même.

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C’est pourquoi quand on les détaille, le visage de Ferdinand Cheval et son port de tête expriment, dans sa plénitude, le triomphe de la volonté. Il est curieux de faire un rapprochement entre l’évidence de ce visage, sa rectitude, sa détermination, sa sagesse, et les chiffres marquants de sa destinée : né un 19 avril, mort un 19 mars ; 33 années de labeur au Palais ; travail achevé à 77 ans, décès à 88 ans. Il s’en est fallu d’une année pour que la première pierre posée dans le pré du quartier du Moulin le fut à 44 ans…

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« Dieu—Patrie—Travail »… Cette devise, je ne puis m’empêcher de la rapprocher de celle d’un autre obstiné, mais un psychotique celui-ci, si bien interprété par Michel Galabru dans « Le Juge et l’Assassin ». Je veux parler de Joseph Vacher, qui faisait précéder ses lettres de la sentence « Dieu— Droits— Devoirs ». Vacher l’éventreur, le tueur de bergers… Lui aussi sillonnait les chemins de la Drôme , mais pour d’autres raisons que celle de ramasser les cailloux… Quand Cheval bâtissait, lui détruisait. On lui attribue le meurtre d’une septuagénaire à Hauterives même, en 1895. Cette année-là, le facteur, tout en perfectionnant son palais construit la Villa Alicius, sa maison. Vacher, lui, toujours sur les chemins fait sonner ses galoches ferrées à marche forcée… Deux destinées tellement éloignées l’une de l’autre qui auraient pu se croiser ; il ne tint à si peu qu’elles ne le fissent…

Aujourd’hui, le Palais Idéal reçoit son flot quotidien de visiteurs qui tous l’admirent, parce que cette œuvre pétrie d’émotion ne laisse personne indifférent. Classée monument historique en 1969, elle demande un entretien permanent et une surveillance accrue, car elle est  fragile. Comme le sont aussi ses abords.

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A ce titre, on pourra s’interroger sur la pertinence qu’il y avait à édifier juste derrière elle au bord de la Galaure, sur ce qui naguère était un pâturage, un établissement public de santé !

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Encore une fois, c’est enfoncer des portes ouvertes de dire que trop d’élus coupent la branche sur laquelle ils sont assis ! On le voit, ici comme ailleurs, ils ne sont guère respectueux des « jardins secrets où souffle l’esprit ».

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