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13/07/2011

EN SOUVENIR D'ADELAIDE

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Qui se souvient de Jacques DEBRONCKART ?

Comme une ombre qui passe et qui ne revient pas, comète vite oubliée, il y a des lustres qu’on ne l’entend plus à la radio. Et pourquoi ? Parce que les ondes, abandonnées aux mains serviles du cosmopolitisme institutionnalisé élevé au rang de maître à penser du plus grand nombre, ne sauraient admettre qu’on se réclame encore, aujourd’hui, de « quelque part »…

Je me souviens, pour ma part, d’Adélaïde et de ceux qui « portent dans leur cœur une rue ou un village où ils pourraient trouver leur chemin dans le noir »…

C’était en 1965. Cette année là, les Rolling Stones sont en tête des palmarès avec leur succès « Satisfaction », France Gall remporte le prix Eurovision de la chanson avec « Poupée de cire, poupée de son », Guy Marchand chante sa « Passionata », et Françoise Hardy « l’Amitié ». Le Mercure de France crée sa collection du « Temps retrouvé »  et Jacques Debronckart, « Adélaïde », dix-huit ans avant de quitter ce monde…

Dans l’album sorti en 1985, qui regroupe une quinzaine de titres tous de son cru, paroles et musique, Robert Mallat lui rend hommage :

« Il n’avait que quarante-neuf ans. C’est bien tôt pour partir. Surtout comme il est parti. Dignement. Sur la pointe des pieds. Sans un cri. Sans un mot. Les mots, les cris, Jacques Debronckart les avait gardés pour ses chansons douces-amères, situées entre chien et loup, entre figue et raisin. De grands coups de gueule, d’émouvants élans de tendresse, que l’on recevait en pleine face ou en plein cœur, et qui vous laissaient groggy.

Mais, au fait, qui était Jacques Debronckart ? Père belge, mère espagnole, un ancien sorbonnard, passé, avec armes et bagages, du côté de la musique : pianiste de Maurice Fanon, puis auteur de chansons pour Juliette Gréco, pour Nana Mouskouri, pour les Frères Jacques. Et tenté, à son tour, par l’interprétation. Nous sommes en 1960. Les yéyé se poussent du col. Brel s’est déjà fait un nom. Brel à qui, immédiatement, on compare Debronckart. Comparaison gênante : il n’y a pas la place pour deux Brel sous les feux de la rampe.

N’importe ! Debronckart y croit. Il veut y croire. En 1965, à 31 ans, il décroche son tube : « Adélaïde ». Suivent trois années obscures. En 1969, un autre tube :  « J’suis heureux ». Suivent quatre années de mise au rancart. Alors, c’est, de nouveau, la course au cachet, sur cette rive gauche dont Debronckart avait déjà tâté et qui voit, peu à peu, ses lumières s’éteindre. Le 6 avril 1981, il passe à l’Olympia pour une seule soirée. Une soirée unique. Un triomphe. Mais pas la gloire. Parce que la gloire a ses caprices. Et elle n’en fait qu’à sa tête. Quitte à le regretter un jour. Parfois trop tard. Et c’est le cas. »

Le souvenir demeure. Et c’est peut-être ça, après tout, la gloire, que de ne pas être oublié...

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Je n’oublie pas Jacques Debronckart. Ecoutons sa chanson, Adélaïde, dont voici les paroles et  méditons au passage sur la symbolique de l’arbre et de ses racines en sachant ce qu’il en coûte, d’abattre une forêt…

Qu'ils soient d'ici où de n'importe quel parage

Moi j'aime bien les gens qui sont de quelque part

Et portent dans leur coeur une ville ou un village

Où ils pourraient trouver leur chemin dans le noir

Voilà pourquoi Jean de Bordeaux, François de Nantes

Voilà pourquoi Laurent le gars du Canigou

Pierre le Normand et toi Joël de la Charente

J'aime tant vous entendre parler de chez vous.

 

Quand le dernier verre se vide

Dans les bars d'Adélaïde

On a le coeur qui s'vide aussi

Lorsque l'on pense au pays !

 

Chaque premier janvier on dit c'est la dernière

La dernière année que je passe en Australie

Et le premier janvier suivant nous voit refaire

Même serment qui sombre à son tour dans l'oubli

Ce serait pourtant le moment de revoir nos plages

Car les pays se ressemblent de plus en plus

Et dans dix ans nous trouverons dans nos villages

Des distributeurs de hot-dogs au coin des rues !

 

Le whisky paraît acide

Dans les bars d'Adélaïde

Lorsque l'on garde au palais

Le souvenir du Beaujolais

 

Et dans vingt ans sans avoir revu nos falaises

Citoyens d'Australie conscients de leurs devoirs

A nos enfants nous apprendrons la langue française

Mais leur accent ne sera pas celui du terroir

Alors dis-moi de nos vingt ans François de Nantes

De nos vingt ans Laurent le gars du Canigou

Pierre le Normand et toi Joël de la Charente

Nos vingt ans d'aujourd'hui vous en souviendrez-vous ?

 

Quand le dernier verre se vide

Dans les bars d'Adélaïde

On a le coeur qui s'vide aussi

Lorsque l'on pense au pays !

 

Paroles et Musique: Jacques Debronckart   1965 © 1965 - Disque Philips autres interprètes: Les Frères Jacques, Isabelle Aubret (1992 "Coups de coeur")


Jacques Debronckart - "Adelaïde" par RioBravo

 

 

02/10/2010

AUX JEUNES LOUPS

 

Nous l'aimions bien Jean Claude ANNOUX, il était né le 15 mai 1939 à Beauvais; il nous a quitté le 2 octobre 2004 à Martigues...

Restent ses "Jeunes Loups" qui lui valurent le prix de l'Académie Charles Cros en 1965; écoutons-les avec attention.

 


01/01/2010

JOUR DE L'AN

 

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En souvenir d'Aristide BRUANT, le « Chansonnier populaire » natif de Courtenay, saluons le jour de l'an à sa manière, elle vaut bien tout ce que cachent d'hypocrisie les formules consacrées qu'on débite à l'occasion.

Moi, ça m'emmerde l'jour de l'an :

C'est des giri's, c'est des magnières,

On dirait qu'on est des rosières

Qui va embrasser sa maman.


C'en est des fricassées d'museau :

Du p'tit môme à la trisaïeule,

Les gén'rations s'lichent la gueule ...

En d'dans ça s'dit : Crève donc Chameau !


Su' l'boulevard on n'est pas chez soi :

Y a' cor' pus d'monde que les dimanches,

Autour d'un tas d' baraques en planches,

Des magnières de niche oùsqu'on voit :


Des poupées, des singes, des marrons

Glacés, des questions nouvelles,

Des dragées, des porichinelles,

J'te vas en fout', moi, des bonbons !


Tas d'prop' à rien, tas d'saligauds,

Avec vos mômes, avec vos grues,

Vous m'barrez l'trottoir et les rues,

J'peux pas ramasser mes mégots !


C'est qu'il a du mal, el' trottoir,

Pour caler les jou' à son monde :

J'peux pus compter su' ma gironde,

On me l'a ramassée l'aut'soir.


Et faudrait qu' j'ay' el' cœur content ?

Ah ! Nom de Dieu ! C'est rien de l'dire :

J'étais ben pus chouette sous l'empire...

Ca m'emmerdait pas l'jour de l'an !


A la comparer à celle du Président de la République, je me dis que la « manière » Bruant a le mérite, elle, de ne rien promettre, de ne rien enrober, de ne rien dissimuler ; de dire tout de go et bien haut ce qu'elle pense sans fioritures ni paillettes, noblesse oblige... Ah ! quelque chose est pourri au royaume de France et tous les vœux du monde, je le crains bien, n'y pourront rien changer... Consolons nous donc, en attendant, en écoutant Bruant l'aristocrate de la chanson des rues, et à défaut de son « Jour de l'An », savourons cette voix qui vient de loin nous interpréter « Nini Peau d'Chien »..


Tu nous manques, Aristide ; comme Béraud, tu avais la langue « bien pendue » et tu portais le verbe haut ; tu ne coupais pas les cheveux en quatre et n'y allais pas par quatre chemins lorsqu'il s'agissait de combattre les corruptions et les iniquités. Quand la mort t'emporta, le 12 février 1924, les « gueux », perdirent avec toi leur chantre et leur ambassadeur ; saluons avec Jeanne Landre, ta biographe, celui qui, sans « avoir fait dans l'Histoire figure de redresseur de torts... aura déchiré le voile qui nous isolait des maudits, et il est bien qu'un poète ait eu ce courage. »

Orientation de lectures :

Aristide BRUANT : Dans la Rue

Jeanne LANDRE : Aristide Bruant

 

 

 

 

13:24 Publié dans Chansons | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bruant, landre, béraud